Poème de deuil : 10 textes pour dire adieu à un proche

Quand quelqu’un part, les mots ordinaires se dérobent. La gorge se serre, les phrases toutes faites sonnent faux, et l’on cherche autre chose. C’est souvent la poésie qui répond, parce qu’elle accepte de dire l’adieu sans l’expliquer.

Cette sélection réunit dix poèmes de deuil signés par dix auteurs : la perte d’un père, d’un frère, d’une personne aimée, puis la présence qui persiste après. Vous y trouverez peut-être un poème hommage pour des obsèques, un texte à lire à l’anniversaire d’un décès, ou simplement des mots pour votre propre peine. Lisez-les dans l’ordre, ou prenez celui qui vous parle.

« Tu me manques » : un poème de deuil de cinq vers pour dire adieu à une personne aimée

Cinq vers suffisent parfois. Odry Kalisa s’adresse à celle qui n’est plus là avec une seule certitude : personne n’était comme elle.

Paix à ton âme

De la terre à l’au-delà
il n’y en avait pas deux
comme toi

tu n’es plus auprès de moi
ma douce, tu me manques déjà

— Odry Kalisa

Rien à ajouter après un texte pareil. Un chagrin n’a pas besoin de longues strophes pour être entendu, et si vous cherchez d’autres textes sobres, nos poèmes pour un enterrement s’y prêtent bien. Le poème suivant est tout l’inverse : long, physique, et il raconte la mort d’un père minute par minute.

Poème sur la mort d’un père : l’instant où il s’éteint dans nos bras

Mustapha Hasnaoui décrit l’instant exact où son père meurt, et l’impuissance de celui qui le tient sans pouvoir le retenir. Un texte rude, pour ceux qui ont vécu cette scène.

La mort de mon père

Rage en poigne
Convulse toutes les fibres,
Transperce comme une flèche ;

Stupeur qui secoue
Les vieux os qui appellent
À la rescousse d’un mourant.
Les yeux qui s’égarent
Comme chassés de ce corps
Qui se tord et se distend
Étouffé par la vie
Qui se défait et se dévide
Qui dévale pour finir…
Je le serre dans mes bras
Comme pour le voiler
De cette mort qu’il voit
En ennemi imparable
Que je ne puis repousser
Entre mes mains inutiles
Il part en mollesse
Sans avoir eu le temps
De reprendre ce souffle
Pour lequel il suffoque.
Image qui estampille
Le départ d’un mortel.

— Mustapha Hasnaoui (à My Lahbib, mon père, décédé le 23/08/2004)

Après l’instant vient la durée. Les années passent et le père reste une voix qu’on continue d’entendre. Pour ceux qui cherchent à poser un dernier mot, nos poèmes sur l’adieu prolongent cette lecture. Dans le texte suivant, une fille écrit à son père dix ans après, comme on glisse une lettre sous une porte.

Lettre à mon papa, dix ans après : un poème pour un père décédé

Certains poèmes de deuil ressemblent à une lettre jamais postée. Stéphanie Debeaulieu écrit à son père avec colère, fatigue et un amour qui n’a pas bougé en dix ans.

Mon papa

10 ans déjà… 10 ans que tu es parti…

Oh, Papa, regarde donc ce que je suis devenue !
Aujourd’hui, la souffrance et la peur font de moi
une amnésique du temps présent.

Que j’ai mal, Papa, en ce jour si maudit !
Mes yeux presque embués m’aveuglent.
Regarde, Papa, regarde ce que nous avons fait de ta mort…
Presque rien… Pour rien…

Je me sens si seule, à travers ton souvenir,
ce lourd souvenir.
Je me sens si lasse d’en écouter les notes du passé.
J’aimerais tant en comprendre la mélodie…

Et je t’aime. Je t’aime encore et plus que jamais.
J’aimerais croire que de l’autre côté,
tu es toujours là, avec moi,
pour me porter sur tes épaules
et m’élever au sommet du monde,
comme dans mes rêves d’enfant.

Papa, si tu savais comme j’aurais aimé
rattraper le temps perdu
et soulager mes mémoires…

Je t’embrasse, MON PAPA.

— Stéphanie Debeaulieu

Si c’est un père que vous pleurez, nous avons réuni d’autres textes dans notre page poèmes sur la mort d’un père. Le deuil d’un père, c’est aussi celui d’un monde : une maison, un métier, un travail laissé en plan. Le poème suivant le dit avec un toit.

« Il pleut sur mon papier » : un hommage à un père disparu, entre larmes et encre

Jacques Herman raconte un père charpentier, mort en tombant d’un toit. Le toit de la maison reste inachevé, et le fils continue d’écrire malgré les larmes sur la page.

Il pleut sur mon papier

Il était charpentier
Il tomba du toit
S’écrasa sur le pavé
Et depuis
On parle de lui
Comme d’un héros
Mort à la tâche

Le toit de ma maison
Reste inachevé
Il pleut sur mon papier

Mais à chaque fois
Que je m’essuie les yeux
L’encre sèche et je veux
Écrire encore
Quelques mots
En mémoire de toi
Qui me léguas
Cette maison
Abandonnée

— Jacques Herman (2006)

On quitte ici les pères. Ceux qui pleurent leur mère trouveront leur place dans nos poèmes sur la mort d’une mère. Les trois textes qui suivent parlent de frères, avec trois façons de s’en souvenir.

Poème pour un frère : le garder vivant dans les mots, entre mer et vent

Thierry Bauby peint son frère en marin, avec du sel, de la cannelle et des sandales de vent. Le texte ne dit pas qu’il est parti, et c’est pour cela qu’il peut se lire en hommage : un portrait qui refuse de se figer.

Mon frère

Mon frère a les pieds dans des sandales de vent
Un cœur combattant rythmant les océans
Ses yeux sont emplis de sel et de cannelle

Une peau usée par tant d’années si belle

Mon frère c’est mon sang, c’est un peu mon père
Nous avons connu souvent les mêmes galères
Un sourire suffit, pas b’soin de presbytère
La mer et le sable sont nos seules prières

Mon frère c’est assis sur le marbre de Brel
Aux pieds de Gauguin près de Marquise la Belle
Un bout de sa vie planté à Fort-de-France
Son âme se balade en terre d’espérance

Mon frère est un marin suspendu à son ancre
Son bateau chavire de dauphins en calanques
Sa vie, elle navigue, elle croise dans les Bermudes
Il est un Ulysse brûlant les habitudes

Pour nous, Avalon c’est notre paradis
Alors laissez-nous couler dans nos prairies
Une voile gonflée allant du Nord au Sud
L’espoir dérivant sur un clair de Lune

— Thierry Bauby

Ce frère-là navigue encore, quelque part entre Fort-de-France et les Bermudes. Celui du poème suivant n’a pas pu continuer.

Perdre son frère : un poème pour ceux qui n’ont pas pu continuer à se battre

Myrabelle écrit à son frère Jérémy, avec qui elle partageait une sensibilité d’artiste « écorchée vive ». Elle lui répond par une promesse : continuer pour deux. Un texte pour les deuils qui laissent des questions sans réponse.

Mon frère Jérémy, toi et moi artistes

Mon frère Jérémy,
Nous étions toi et moi des artistes
Des « écorchés vifs »

Devant exprimer
Pour essayer de nous en sortir, de dépasser nos problèmes :
Nos profondes douleurs du passé,
Nos joies, nos tristesses et nos déceptions du présent
Et nos envies profondes pour l’à-venir

Nous voulions toi et moi
Que notre monde soit plus juste
Moins centré sur les apparences
La compétition des uns par rapport aux autres

Ne croyant pas assez en toi :
en tes capacités, et en tes possibilités,
Tu as hélas cessé de te battre,
et même de vivre… pour toujours !

Moi, j’ai continué, je continue
Pour toi, pour moi,
et pour tous ceux qui font partie de cette planète !

— Myrabelle

Entre la tendresse de l’un et la douleur de l’autre, Barthy Tardier choisit la forme : un sonnet. Ranger son chagrin en quatorze vers, c’est une manière de le tenir à distance de soi, au moins le temps de l’écrire.

L’urne et les larmes : un sonnet sur le deuil d’un frère

Dans ce sonnet, la mort d’un frère est une première fois : le goût âcre des larmes, le froid d’une cérémonie, une urne « bleu nocturne ». Un poème de cérémonie funèbre à l’écriture très tenue.

L’urne de nuit

Jusques à ce jourd’hui il n’y avait rien,
Rien, rien qui m’eût laissé un goût vif et âcre,
— Comme une acidité. Pas le simulacre,
Non, d’un reflux gastro-œsophagien ;

Jusques à ce jour-ci (il y a combien ?),
Où un curieux homme en aube consacre,
Dans l’humide froideur, cette urne de nacre
Ayant vêtu un bleu nocturne et ancien.

À l’aiguière de glace et vert-de-grisée
Où retombe la chaîne à jamais brisée,
Jusqu’à ces derniers jours, mes lèvres n’ont bu.

Je n’ai jamais connu cette plainte amère
D’un gosier trop étroit de larmes embu,
Jusques à ce jour-là, où est mort mon frère.

— Barthy Tardier

Le rituel donne une forme à ce qui n’en a pas. Mais après la cérémonie vient le quotidien, et c’est là que le disparu revient le plus souvent : dans un air de piano, une averse, une ombre au coin de la rue. Le poème suivant en fait une litanie. Il se lit à voix haute.

« Je sais » : un poème sur la présence invisible d’un disparu

Pour Jean-Marin Serre, rien de ce qui arrive ne passe sans que celui qui est parti y soit un peu. Chopin joué par son fils, la pluie du matin, une dispute avec sa fille : le deuil devient une façon de lire le monde.

Je sais

Quand mon fils joue Chopin, je sais qu’il pense à toi
Quand il pleut le matin, c’est sans doute que tu pleures,

Quand notre soleil luit, c’est que tu le nettoies
Le temps s’étire et fuit ? je sais que tu demeures.

Que ma fille me gronde, je sais qu’elle te remplace
Quand je parle tout seul, c’est que je te réponds
Quand le soir je me couche, je te fais de la place,
Sais que tu me regardes lorsque la neige fond.

Quand un train sort des rails, je sais que tu es dedans
Quand un navire sombre, éventré par les glaces,
Je sais que sur le pont tu cours vers les enfants ;
Dans l’avion qui se crashe je sais que tu as ta place.

Quand mon fils joue Chopin, je sais qu’il pense à toi,
Que ma fille me gronde, je sais qu’elle te remplace,
Et cette ombre claudicante et torse qui se déplace
Je sais bien que c’est toi qui monte vers la Croix.

— Jean-Marin Serre (9 juin 1998)

Les signes du disparu sont partout, et il existe aussi un lieu où tous les morts se retrouvent. Pour prolonger cette lecture, nos poèmes tristes sur la souffrance en gardent la même couleur. Estel Fogo, lui, quitte le chagrin intime pour regarder le cimetière.

Cimetière : un poème à lire devant une tombe, sur l’égalité des morts et le respect

Pas de nom de proche ici, pas de souvenir personnel. Estel Fogo observe ce que les tombes ont en commun : on n’y choisit ni sa place ni son voisin. Un texte à lire au cimetière.

Cimetière

Des noms inconnus
Taillés dans la pierre
Marqués sur une croix

Au garde-à-vous, froids comme le marbre
Dans le cimetière on ne choisit pas
Sa place, ni son voisin de droite

Bourreaux et soldats
Victimes et enfants
Ouvriers et patrons
Tous se retrouvent là
Pour la fin du combat
Tous égaux pour une fois

On ne fait pas la différence
Être mort c’est comme être vivant
On nous piétine, on nous insulte
Et on salit notre mémoire

Pourtant nous ne sommes plus
Mais même mort
Le respect se gagne

— Estel Fogo

Après la pierre et le silence reste la question de l’après. Le dernier poème s’adresse à quelqu’un qui n’est pas encore parti : il accompagne ses derniers jours.

« L’âme » : un poème pour accompagner un proche en fin de vie

Julie Degreez écrit à un être cher dont le cœur va s’arrêter. Elle ne promet rien d’autre que ce qu’elle sait : l’amour reste, même quand on ne voit plus. Un texte qui peut se lire au chevet de quelqu’un, ou lors d’obsèques.

L’âme

Bientôt ton âme s’envolera,
vers un pays que l’on ne connaît pas,
je le sais, ton cœur s’arrêtera,

et ton âme s’envolera,
vers un monde appelé paradis,
tes souffrances resteront ici,
et même si je ne te vois plus,
sache que je t’aimerai
jusqu’à ce que je n’en puisse plus…

— Julie Degreez

Pourquoi lire un poème de deuil quand on a perdu quelqu’un

La poésie n’efface pas la douleur. Elle lui donne une forme, et c’est déjà beaucoup : ce qui a un nom et un rythme pèse un peu moins lourd dans la poitrine. C’est sans doute pour cela qu’on y revient, des années après, à chaque anniversaire.

Ces dix textes suivent un chemin : l’instant brutal de la mort, le rituel, les années, la présence qui s’invite dans le quotidien, puis l’espoir fragile d’un au-delà. Vous n’avez pas à tout lire d’un trait. Gardez celui qui vous ressemble, lisez-le à voix haute, ou envoyez-le à quelqu’un qui traverse la même chose.

Enregistrez cette page pour la retrouver, partagez-la si elle peut aider un proche, et n’hésitez pas à nommer ceux que vous avez perdus. Les dire à voix haute, c’est encore les faire exister.

Questions fréquentes sur les poèmes de deuil

Quel poème de deuil choisir pour des obsèques ?

Tout dépend du lien avec la personne disparue et du temps dont vous disposez. Les textes courts se lisent plus facilement devant du monde : « Paix à ton âme » tient en cinq vers, « L’âme » en dix. « Je sais » fonctionne bien à voix haute, avec ses reprises. Lisez le poème une fois chez vous avant le jour J, pour savoir jusqu’où vous pouvez aller sans que la voix cède. Notre page de poèmes pour un enterrement propose d’autres idées.

Que signifie le poème « Il pleut sur mon papier » de Jacques Herman ?

Le poème mêle deux images : la pluie, qui devient les larmes tombant sur la feuille, et le toit resté inachevé, celui de la maison que le père charpentier laisse derrière lui. Chaque fois que le narrateur essuie ses yeux, l’encre sèche et il peut écrire encore. L’écriture est le seul geste qui lui reste pour prolonger le travail de son père.

Que raconte le poème « Je sais » de Jean-Marin Serre ?

Le narrateur retrouve le disparu dans tout ce qui l’entoure : la musique de Chopin jouée par son fils, la pluie, la voix grondeuse de sa fille, une ombre dans la rue. La strophe des catastrophes (train, navire, avion) montre que le deuil peut tout envahir, jusqu’à l’absurde. Le poème se referme sur une silhouette qui monte vers la Croix, comme un dernier signe.

Quel poème lire pour la perte d’un frère ?

Cette sélection en propose trois, très différents. « Mon frère » de Thierry Bauby est un portrait plein de vent et de mer. « Mon frère Jérémy, toi et moi artistes » de Myrabelle parle d’un frère qui n’a pas pu continuer à se battre. « L’urne de nuit » de Barthy Tardier, un sonnet, raconte la cérémonie et le jour de la mort.

Comment écrire un hommage pour un proche décédé ?

Partez d’un détail concret plutôt que d’une grande phrase : un métier, un geste, un morceau de musique, une maison. C’est ce que font les poèmes de cette page : un père charpentier, une pluie du matin, un air de Chopin. Adressez-vous à la personne avec « tu », gardez des phrases courtes, puis relisez le texte à voix haute. S’il sonne juste à l’oreille, c’est qu’il est prêt.

Que veut dire le poème « Cimetière » d’Estel Fogo ?

Le poème regarde le cimetière comme un lieu d’égalité : bourreaux et victimes, ouvriers et patrons reposent côte à côte, sans choisir leur voisin. Le narrateur parle au nom des morts, qui se plaignent d’être piétinés et insultés. La dernière phrase pose l’idée centrale : même mort, le respect se gagne.

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