Corpus des Poètes

Le grand répertoire numérique des textes poétiques


Poèmes de Louis Aragon, poète français (1897-1982)

Louis Aragon était un poète, romancier et essayiste français du XXe siècle. Il a été l’un des membres les plus importants et influents du mouvement littéraire surréaliste en France.

La poésie d’Aragon se caractérise par une forte charge émotionnelle, un langage poétique innovant et une réflexion profonde sur l’amour, la politique et l’existence humaine. Ses poèmes sont souvent très personnels, explorant sa propre expérience de l’amour et de la vie, mais ils ont également une portée universelle qui continue de toucher les lecteurs d’aujourd’hui.

Aragon a également été un écrivain engagé, militant pour la justice sociale et politique à travers son travail. Ses poèmes et ses écrits ont souvent été inspirés par ses convictions communistes, et il a joué un rôle actif dans la résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale.

En somme, Louis Aragon était un poète talentueux, profondément engagé et influent de la littérature française du XXe siècle, dont l’œuvre continue d’inspirer et d’émerveiller les lecteurs du monde entier.

Poèmes & Grands classiques de Louis Aragon

Écrivain français, poète et romancier né le 3 octobre 1897 à Neuilly-sur-Seine, Louis Aragon est mort le 24 décembre 1982 à Paris.
Louis Aragon 1897-1982 

Biographie de Louis Aragon : 

Fils illégitime dune liaison entre Marguerite Toucas et un homme politique célèbre, Louis Andrieux, Louis Aragon naît le 3 octobre 1897, à Paris. Son enfance toute entière se trouve du coup marquée par le mensonge et la dissimulation : pour sauver les apparences, sa mère se fait en effet passer pour sa sur et sa grand-mère pour sa mère adoptive tandis que ses tantes deviennent ses surs et que son père devient un vague parrain qui ne lui apprendra la vérité de sa naissance qu’avant son départ pour le front. Continuez par sa biographie complète, ainsi que l’analyse de ses principales oeuvres.

Découvrez ses plus beaux poèmes :

1. Les Yeux d’Elsa :


Louis Aragon (1897-1982)
Extrait du « Fou d’Elsa« .

Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire

J’ai vu tous les soleils y venir se mirer

S’y jeter à mourir tous les désespérés

Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire


À l’ombre des oiseaux c’est l’océan troublé

Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent

L’été taille la nue au tablier des anges

Le ciel n’est jamais bleu comme il l’est sur les blés


Les vents chassent en vain les chagrins de l’azur

Tes yeux plus clairs que lui lorsqu’une larme y luit

Tes yeux rendent jaloux le ciel d’après la pluie

Le verre n’est jamais si bleu qu’à sa brisure


Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée

Sept glaives ont percé le prisme des couleurs

Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs

L’iris troué de noir plus bleu d’être endeuillé


Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche

Par où se reproduit le miracle des Rois

Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois

Le manteau de Marie accroché dans la crèche


Une bouche suffit au mois de Mai des mots

Pour toutes les chansons et pour tous les hélas

Trop peu d’un firmament pour des millions d’astres

Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux


L’enfant accaparé par les belles images

Écarquille les siens moins démesurément

Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens

On dirait que l’averse ouvre des fleurs sauvages


Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où

Des insectes défont leurs amours violentes

Je suis pris au filet des étoiles filantes

Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d’août


J’ai retiré ce radium de la pechblende

Et j’ai brûlé mes doigts à ce feu défendu

Ô paradis cent fois retrouvé reperdu

Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes


Il advint qu’un beau soir l’univers se brisa

Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent

Moi je voyais briller au-dessus de la mer

Les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa

2. Poème : Que serais-je sans toi :

Recueil : Le roman inachevé (1956)
Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.
J’ai tout appris de toi sur les choses humaines
Et j’ai vu désormais le monde à ta façon
J’ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines
Comme on lit dans le ciel les étoiles lointaines
Comme au passant qui chante on reprend sa chanson
J’ai tout appris de toi jusqu’au sens du frisson.
Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.
J’ai tout appris de toi pour ce qui me concerne
Qu’il fait jour à midi qu’un ciel peut être bleu
Que le bonheur n’est pas un quinquet de taverne
Tu m’as pris par la main dans cet enfer moderne
Où l’homme ne sait plus ce que c’est qu’être deux
Tu m’as pris par la main comme un amant heureux.
Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.
Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes
N’est-ce pas un sanglot de la déconvenue
Une corde brisée aux doigts du guitariste
Et pourtant je vous dis que le bonheur existe
Ailleurs que dans le rêve ailleurs que dans les nues
Terre terre voici ses rades inconnues.
Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

3. J’arrive où je suis étranger :


Louis Aragon (1897-1982)
Extrait du «  La Diane française (1944)« .
Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger


Un jour tu passes la frontière

D’où viens-tu mais où vas-tu donc

Demain qu’importe et qu’importe hier

Le coeur change avec le chardon

Tout est sans rime ni pardon


Passe ton doigt là sur ta tempe

Touche l’enfance de tes yeux

Mieux vaut laisser basses les lampes

La nuit plus longtemps nous va mieux

C’est le grand jour qui se fait vieux


Les arbres sont beaux en automne

Mais l’enfant qu’est-il devenu

Je me regarde et je m’étonne

De ce voyageur inconnu

De son visage et ses pieds nus


Peu a peu tu te fais silence

Mais pas assez vite pourtant

Pour ne sentir ta dissemblance

Et sur le toi-même d’antan

Tomber la poussière du temps


C’est long vieillir au bout du compte

Le sable en fuit entre nos doigts

C’est comme une eau froide qui monte

C’est comme une honte qui croît

Un cuir à crier qu’on corroie


C’est long d’être un homme une chose

C’est long de renoncer à tout

Et sens-tu les métamorphoses

Qui se font au-dedans de nous

Lentement plier nos genoux


O mer amère ô mer profonde

Quelle est l’heure de tes marées

Combien faut-il d’années-secondes

A l’homme pour l’homme abjurer

Pourquoi pourquoi ces simagrées

Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger.

4. Elsa :


Louis Aragon (1897-1982)
Extrait du « Fou d’Elsa ».

Tandis que je parlais le langage des vers

Elle s’est doucement tendrement endormie

Comme une maison d’ombre au creux de notre vie

Une lampe baissée au coeur des myrtes verts


Sa joue a retrouvé le printemps du repos

O corps sans poids pose dans un songe de toile

Ciel formé de ses yeux à l’heure des étoiles

Un jeune sang l’habite au couvert de sa peau


La voila qui reprend le versant de ses fables

Dieu sait obéissant à quels lointains signaux

Et c’est toujours le bal la neige les traîneaux

Elle a rejoint la nuit dans ses bras adorables


Je vois sa main bouger sa bouche et je me dis

Qu’elle reste pareille aux marches du silence

Qui m’échappe pourtant de toute son enfance

Dans ce pays secret à mes pas interdit


Je te supplie amour au nom de nous ensemble

De ma suppliciante et folle jalousie

Ne t’en va pas trop loin sur la pente choisie

Je suis auprès de toi comme un saule qui tremble


J’ai peur éperdument du sommeil de tes yeux

Je me ronge le coeur de ce coeur que j’écoute

Amour arrête-toi dans ton rêve et ta route

Rends-moi ta conscience et mon mal merveilleux

5. Les mains d’Elsa :


Louis Aragon (1897-1982)
Extrait du « Fou d’Elsa ».


Donne-moi tes mains pour l’inquiétude

Donne-moi tes mains dont j’ai tant rêvé

Dont j’ai tant rêvé dans ma solitude

Donne-moi tes mains que je sois sauvé


Lorsque je les prends à mon pauvre piège

De paume et de peur de hâte et d’émoi

Lorsque je les prends comme une eau de neige

Qui fond de partout dans mes mains à moi


Sauras-tu jamais ce qui me traverse

Ce qui me bouleverse et qui m’envahit

Sauras-tu jamais ce qui me transperce

Ce que j’ai trahi quand j’ai tresailli


Ce que dit ainsi le profond langage

Ce parler muet de sens animaux

Sans bouche et sans yeux miroir sans image

Ce frémir d’aimer qui n’a pas de mots


Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent

D’une proie entre eux un instant tenue

Sauras-tu jamais ce que leur silence

Un éclair aura connu d’inconnu


Donne-moi tes mains que mon coeur s’y forme

S’y taise le monde au moins un moment

Donne-moi tes mains que mon âme y dorme


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