Les pères laissent derrière eux des maisons inachevées, des gestes interrompus, des silences qui parlent encore. Mais il y a aussi les frères — ceux avec qui l’on partage une mémoire commune, un même sang, une même façon de regarder le monde. Le poème suivant leur est consacré.
Poème 05 / Hommage à un frère – Dire au revoir à son frère : un poème entre mémoire et mer ouverte
Thierry Bauby peint son frère avec des couleurs vivantes, marines, aventureuses. Ce poème n’est pas un deuil figé c’est un portrait en mouvement, un hommage qui refuse la mort. Une façon magnifique de garder quelqu’un vivant dans les mots.
Mon frère
Mon frère a les pieds dans des sandales de vent
Un cœur combattant rythmant les océans
Ses yeux sont emplis de sel et de cannelle
Une peau usée par tant d’années si belle
Mon frère c’est mon sang, c’est un peu mon père
Nous avons connu souvent les mêmes galères
Un sourire suffit, pas b’soin de presbytère
La mer et le sable sont nos seules prières
Mon frère c’est assis sur le marbre de Brel
Aux pieds de Gauguin près de Marquise la Belle
Un bout de sa vie planté à Fort-de-France
Son âme se balade en terre d’espérance
Mon frère est un marin suspendu à son ancre
Son bateau chavire de dauphins en calanques
Sa vie, elle navigue, elle croise dans les Bermudes
Il est un Ulysse brûlant les habitudes
Pour nous, Avalon c’est notre paradis
Alors laissez nous couler dans nos prairies
Une voile gonflée allant du Nord au Sud
L’espoir dérivant sur un clair de Lune
— Thierry Bauby
Mais quand le frère a disparu trop tôt, quand c’est lui qui n’a pas pu se battre jusqu’au bout, l’hommage prend une autre couleur — plus grave, plus déchirant. C’est ce que Myrabelle raconte, avec une franchise bouleversante, dans le poème qui suit.
Poème 06 / Deuil d’un frère – Perdre son frère : un poème pour ceux qui ont cessé de se battre
Ce texte dit l’hommage le plus difficile qui soit : celui rendu à un proche qui a décidé de ne plus vivre. Myrabelle continue, pour deux, en portant ce souvenir comme une promesse.
Mon frère Jérémy, toi et moi artistes
Mon frère Jérémy,
Nous étions toi et moi des artistes
Des « écorchés vifs »
Devant exprimer
Pour essayer de nous en sortir, de dépasser nos problèmes :
Nos profondes douleurs du passé,
Nos joies, nos tristesses et nos déceptions du présent
Et nos envies profondes pour l’à-venir
Nous voulions toi et moi
Que notre monde soit plus juste
Moins centré sur les apparences
La compétition des uns par rapport aux autres
Ne croyant pas assez en toi :
en tes capacités, et en tes possibilités,
Tu as hélas cessé de te battre,
et même de vivre… pour toujours !
Moi, j’ai continué, je continue
Pour toi, pour moi,
et pour tous ceux qui font partie de cette planète !
— Myrabelle
Après la perte d’un frère vient parfois la question la plus douloureuse : comment le deuil d’un être cher peut-il se poursuivre dans l’urne, dans le froid d’une cérémonie, dans cette lumière grise du matin qui suit ? Barthy Tardier y répond avec une précision formelle saisissante.
Poème 07 / Cérémonie funèbre – L’urne et les larmes : un sonnet pour le deuil d’un frère
Dans ce sonnet aux allures classiques, la mort d’un frère est vécue comme une découverte physique — le goût des larmes, la froideur du rituel. Un poème littéraire d’une grande maîtrise, pour rendre hommage à un disparu avec les mots les plus exacts.
L’urne de nuit
Jusques à ce jourd’hui il n’y avait rien,
Rien, rien qui m’eût laissé un goût vif et âcre,
— Comme une acidité. Pas le simulacre,
Non, d’un reflux gastro-œsophagien ;
Jusques à ce jour-ci (il y a combien ?),
Où un curieux homme en aube consacre,
Dans l’humide froideur, cette urne de nacre
Ayant vêtu un bleu nocturne et ancien.
À l’aiguière de glace et vert-de-grisée
Où retombe la chaîne à jamais brisée,
Jusqu’à ces derniers jours, mes lèvres n’ont bu.
Je n’ai jamais connu cette plainte amère
D’un gosier trop étroit de larmes embu,
Jusques à ce jour-là, où est mort mon frère.
— Barthy Tardier
Le rituel du deuil donne une forme à l’informe. Mais après la cérémonie, vient la vie ordinaire — et dans chaque petit geste du quotidien, le disparu continue de surgir. Personne ne le dit mieux que Jean-Marin Serre dans le poème suivant, que beaucoup considèrent comme l’un des plus beaux poèmes de deuil jamais écrits en français.
Les disparus ne quittent jamais tout à fait — ils se glissent dans la pluie du matin, dans les notes de piano, dans le regard de ceux qui restent.
Poème 08 / Présence invisible »Je sais » : le plus beau poème sur la présence invisible d’un disparu
C’est sans doute le poème de deuil le plus universel de cette sélection. Jean-Marin Serre y décrit comment le disparu continue de vivre dans les signes du monde la pluie, la musique de Chopin, une ombre dans la rue. Un texte à lire à voix haute pour sentir quelqu’un revenir.
Je sais
Quand mon fils joue Chopin, je sais qu’il pense à toi
Quand il pleut le matin, c’est sans doute que tu pleures,
Quand notre soleil luit, c’est que tu le nettoies
Le temps s’étire et fuit ? je sais que tu demeures.
Que ma fille me gronde, je sais qu’elle te remplace
Quand je parle tout seul, c’est que je te réponds
Quand le soir je me couche, je te fais de la place,
Sais que tu me regardes lorsque la neige fond.
Quand un train sort des rails, je sais que tu es dedans
Quand un navire sombre, éventré par les glaces,
Je sais que sur le pont tu cours vers les enfants ;
Dans l’avion qui se crashe je sais que tu as ta place.
Quand mon fils joue Chopin, je sais qu’il pense à toi,
Que ma fille me gronde, je sais qu’elle te remplace,
Et cette ombre claudicante et torse qui se déplace
Je sais bien que c’est toi qui monte vers la Croix.
— Jean-Marin Serre (9 juin 1998)
Dans ce monde où les signes du disparu sont partout, il y a aussi les lieux le cimetière, la pierre, la croix. Non pas comme symboles de tristesse, mais comme rappels de cette grande égalité que la mort impose à tous les humains. Estel Fogo en parle avec une voix sobre et juste.
Poème 09 / Méditation – Devant le cimetière : un poème pour méditer sur la mémoire et le respect
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| Poèmes réconfortants pour traverser le deuil |
Ce poème de deuil et de mémoire prend ses distances avec la douleur intime pour embrasser quelque chose de plus large : l’égalité des morts, la dignité de ceux qui restent dans le silence de la pierre. Un texte pour ceux qui cherchent un texte à lire au cimetière.
Cimetière
Des noms inconnus
Taillés dans la pierre
Marqués sur une croix
Au garde à vous, froids comme le marbre
Dans le cimetière on ne choisit pas
Sa place, ni son voisin de droite
Bourreaux et soldats
Victimes et enfants
Ouvriers et patrons
Tous se retrouvent là
Pour la fin du combat
Tous égaux pour une fois
On ne fait pas la différence
Être mort c’est comme être vivant
On nous piétine, on nous insulte
Et on salit notre mémoire
Pourtant nous ne sommes plus
Mais même mort
Le respect se gagne
— Estel Fogo
Après la méditation vient l’espoir — ou du moins, l’envie d’y croire. L’idée que quelque part, au-delà de ce que l’on voit, l’âme continue son voyage. Le dernier poème de cette sélection parle de cela : de l’envol, du paradis, et de cet amour qui ne finit pas.
Poème 10 / Espoir & consolation – L’âme s’envole : un poème de deuil pour trouver la paix
Pour clore cette sélection, un poème de consolation — une voix qui accompagne le mourant vers l’au-delà avec douceur et amour. Idéal pour un hommage lors d’obsèques ou pour un proche en fin de vie.
L’âme
Bientôt ton âme s’envolera,
vers un pays que l’on ne connaît pas,
je le sais, ton cœur s’arrêtera,
et ton âme s’envolera,
vers un monde appelé paradis,
tes souffrances resteront ici,
et même si je ne te verrai plus,
sache que je t’aimerai
à ce que je n’en puisse plus…
— Julie Degreez
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