Poèmes d’automne : 8 textes sur la mélancolie, l’amour et l’espoir
Dès que l’automne fait son entrée, quelque chose change en nous. Pas seulement la couleur des arbres : notre façon de regarder le temps, l’amour, ce qui reste quand tout s’efface.
Vous cherchez un poème d’automne qui dise la nostalgie, la passion ou la mélancolie des feuilles qui tombent ? Voici huit textes à lire lentement, de l’émerveillement des premiers matins de brume jusqu’à l’espoir du printemps qui reviendra. Prenez votre temps, une boisson chaude si possible.
Sommaire :
Un poème sur l’automne qui s’installe : brumes, marrons et lumière dorée
Avant la mélancolie, il y a l’émerveillement. Jean Klavzer ouvre cette sélection avec un tableau concret et presque enfantin de la saison qui arrive, comme on pousserait la porte sur un matin d’octobre.
« L’automne est là » — Jean Klavzer
Les tournesols sont gorgés de soleil.
Le vendangeur coupe le raisin vermeil.
Trop faînéant pour offrir sa chaleur,
Le soleil traîne, oubliant l’heure.Aussi l’aurore se fait désirer,
Forçant l’hirondelle à s’en aller.
Doucement la nuit grignote le jour,
Le vent s’apprête à jouer des tours.Peu à peu, la rosée devient frimas
Scintillant et craquant sous chaque pas.
Les rousses feuilles, se sont décidées
À effectuer le grand vol plané.Les enfants ramassent les gros marrons,
Pour faire des colliers qu’ils offriront.
À moins que dans le feu ils les jettent
Pour que sur la rouge braise ils pètent.Jour après jour l’automne s’installe
Au milieu des brumes matinales,
Réveillant la nostalgie de l’été,
Laissant au cœur les souvenirs ancrés.
Les feuilles rousses, les marrons, la rosée qui craque sous le pied : ce premier poème pose le décor avec une précision de peintre, et réveille cette nostalgie douce qui est le premier visage de l’automne. Si vous aimez ces instants suspendus, la même lumière se retrouve dans notre texte sur l’éphémère beauté d’une journée automnale. Mais la saison a d’autres visages, plus ardents. Le suivant en témoigne.
Poème d’automne sur l’amour passionné : quand le ciel rougit comme le désir
L’automne est aussi une saison du corps et du désir. Les plus beaux poèmes d’amour de notre langue le savent depuis toujours, et Laudith en signe ici une brûlure douce, de celles qu’on garde longtemps sous la peau.
« Automne couleur de feu » — Laudith
J’ai plongé mon regard dans un océan bleu
Effleuré de ma main l’ovale d’un visage
Repoussé doucement une mèche de cheveux
Qui un peu comme toi ne semblait pas très sageToi tu me contemplais de cette mine gourmande
Que je connaissais bien et qui me transcendait
Dans tes yeux il y avait une telle demande
Que nul autre que toi, ne pouvait existerAlors j’ai capturé dans un très long baiser
Toutes ses phrases merveilleuses s’échappant de ton cœur
Tels des gants de velours tes mains me caressaient
Chaque partie de mon corps devenait île de bonheurNous nous sommes échoués comme la vague mourante
Sur cette plage d’amour épuisés et heureux
Le ciel qui rougissait à cette nuit naissante
Donnait à cet automne ses tons couleur de feu
Une passion rare, celle qui fait coïncider le rouge du ciel et le rouge du désir. Laudith y met une beauté presque trop intense pour durer. C’est la vérité de la saison : ce qui embrase sait que le froid vient. Christian Péqueux, lui, le dit sans détour.
Quand l’automne voile les amours : un poème sur la fin d’un amour, miroir de la nature
Ce poème dit ce qu’on préférerait ne pas entendre : l’automne met un voile sur les amours. La poésie de la nature lit souvent dans nos cœurs mieux que nous. Péqueux écrit avec la gravité de quelqu’un qui a vu les saisons tourner et les couples se défaire.
« Voici l’automne » — Christian Péqueux
Le vent joue à la marguerite en effeuillant
Les peupliers, les frênes et les chênes flamboyants,
Voici l’automne qui met les fruits au fruitier
Les feuilles dans la plaine et le vin dans le muid.Le lièvre dans les guérets a le cœur inquiet
Et la laie dans la bauge et la grive dans le nid,
L’homme a rangé la charrue pour prendre le fusil
Et les chiens au chenil sont pris de frénésie.Voici l’automne qui met du sang sur les labours.
Les amants fatigués d’avoir tant découvert
Tous les chemins secrets du corps qui s’est ouvert
Découvrent des épines, accrochées aux toujours,
Où vont s’effilocher tous leurs grands flamboiements.Voici l’automne qui met un voile sur les amours.
Et tombera la neige sur les apitoiements,
L’automne et son cortège ont disparu ce jour.
« Voici l’automne qui met un voile sur les amours. » Ce vers continue de résonner longtemps après la lecture. Pourtant, si l’automne efface, il n’interdit pas les promesses. Moun choisit de croire à l’amour qui traverse les saisons, jusqu’aux dernières.
« L’automne est un second printemps où chaque feuille est une fleur. »
— Citation souvent attribuée à Albert Camus
Aimer jusqu’à l’automne de la vie : un poème d’amour sur le temps qui passe
C’est une lettre d’amour écrite à la lisière du temps. Si vous aimez la poésie sur le temps qui passe, vous y trouverez une tendresse mélancolique rare. Moun pose la question que seuls les grands amours osent poser : m’aimerez-vous encore quand tout passera ?
« À l’automne des jours » — Moun
M’aimerez-vous toujours à la veillée du jour
Quand l’automne venue vendra son âme vieille
Au soleil pâlissant des saisons en sommeil
Qui blanchit les cheveux et ride les atoursMe lirez-vous encor, au jardin de Ronsard,
L’éphémère beauté de Mignonne la Rose,
Le sourire charmeur et le regard qui ose,
Votre main dans la mienne, m’invitant au départMe direz-vous encor le secret de mes yeux
Le soir à la chandelle comme au printemps, jadis,
Sous les rayons de lune à la lueur complice
Où, ivre d’infini, vous buviez mes aveuxM’aimerez-vous toujours à l’horizon du jour
Quand la mort, à jamais, me volera vos bras
M’emportera là-bas dans le froid de ses draps
Vous laissant le silence à l’écho sans retourFaites-moi le serment de retenir vos pleurs
Quand le bel oiseau blanc me prendra dans ses ailes
Pour m’emmener dormir aux neiges éternelles,
Au plus près des étoiles, votre cœur sur mon cœur.Entendez-vous le vent aux murmures d’automne
Il fait très doux ce soir au jardin des saisons…
Dites-moi, mon amour, d’où viennent ces frissons
Prenez-moi dans vos bras que je m’y abandonne.
Tous les amours qui ont duré se reconnaîtront dans cette façon de demander, sans vraiment vouloir la réponse, si l’autre sera là jusqu’au bout. Pour prolonger ce moment, parcourez notre sélection des meilleurs poèmes d’amour. Puis suivons ce que l’amour laisse quand il se tait : la mélancolie, que Guillaume Wagner porte comme une saison entière.
L’automne ne colore pas que les arbres. Il teinte aussi les âmes, d’une nuance qui n’est ni de la tristesse ni du bonheur, quelque part entre les deux, plus profonde que les mots.
Poème d’automne sur la mélancolie : la saison romantique des âmes solitaires
Guillaume Wagner dit de l’automne ce que les romantiques ont toujours su : c’est la saison où l’âme déborde. Dans ce sonnet aux accents verlainiens, la mélancolie n’est pas une faiblesse, c’est une manière d’être vivant.
« Automne » — Guillaume Wagner
La douce souffrance de mon cœur gémissant
Attriste les chants de ces feuilles tombantes
Virevoltant dans la véhémence du vent
Qui soupire entre les branches frissonnantes ;La morne mélancolie quand sanglote la pluie
Fait pleurer mon âme où ruisselerait la vie
Malgré la douleur opaque telle la brume
Qui, comme la feuille, est piétinée sous la luneCar, Ô arbre isolé et nu de l’automne
Des loups de la forêt l’hibou tu héberges
Qui, déjà, sur sa branche rêve la neige ;Fuyant le mépris de la plaine monotone
Romantique saison d’amours solitaires
Déjà les poètes planent au-delà des mers.
« Romantique saison d’amours solitaires » : la formule dit tout. L’automne est le moment où l’on sent le plus fort ce que l’on porte seul. Laudith revient sur ce territoire intérieur avec encore plus d’intimité, là où l’automne cesse d’être un paysage pour devenir une blessure.
Poème sur la tristesse d’automne : quand le cœur se flétrit en silence
Il existe un automne qui ne dépend pas du calendrier. Il arrive sans prévenir, quand quelqu’un ou quelque chose s’est éteint en nous. Laudith lui donne un visage, doux et dévastateur à la fois.
« Automne intérieur » — Laudith
L’automne est arrivé au pas de ta porte
Dans ton jardin secret quelques feuilles sont mortes
Et ton ciel est si bas qu’il courbe tes épaules
Que la brume entoure telle une étoleLes cernes sous tes yeux sont un peu plus marquées
Puis les plis de ta bouche se sont accentués
Tu voudrais oublier toutes les phrases qu’il t’a dites
Ces phrases qui donnent froid comme le fait le granitEt doucement ton cœur s’est mis à se flétrir
Tu avais l’impression que tu allais mourir
Une partie de toi s’évapore lentement
L’autre partie résiste pour revoir le printemps
« L’autre partie résiste pour revoir le printemps. » Tout l’espoir humain tient dans cette ligne : continuer, même quand l’automne intérieur paraît sans fin. Et si vous avez hâte de ce renouveau, notre collection des plus beaux poèmes sur le printemps vous attend déjà. Jean-Marc La Frenière connaît lui aussi ce froid-là, et il raconte comment on y survit.
Un poème d’automne sur la solitude : se réchauffer avec les mots quand il fait froid
Quand l’automne est vraiment froid, de cette froideur qui entre dans les os, il reste les mots. Jean-Marc La Frenière écrit depuis le Québec, où l’hiver n’a rien d’une métaphore. Sa conclusion est pourtant lumineuse.
« Avec les mots du jour » — Jean-Marc La Frenière
L’automne est froid
Cette année.
Même les bouleaux
Ne chantent plus.
L’eau qui coule
Entre les doigts
Se transforme en glaçon.Les oiseaux portent déjà
Du givre sur les ailes
Et leurs habits d’hiver
Ralentissent le vol.
Entre une vague et l’autre
Le fleuve se renie
Et recule d’un pas.De son doigt d’aubépine
Le temps laisse une écharde
Sur la moindre caresse.À défaut d’espérance
Il faudra se chauffer
Avec les mots du jour.
« Se chauffer avec les mots du jour » : c’est peut-être pour cela qu’on lit de la poésie, et pour cela que vous êtes ici, à laisser des vers entrer en vous. La dernière voix de cette sélection va plus loin. Elle change la mélancolie en promesse, la chute en renaissance.
Poème d’automne sur l’espoir : toute feuille qui tombe reviendra sur sa branche
Pour finir, Anthony Chiffot offre le plus beau des retournements : une promenade dans les feuilles mortes qui devient, le temps d’une strophe, un acte de confiance dans la vie, et dans l’amour.
« Attente en automne » — Anthony Chiffot
L’automne est là, le vent frais parcourt les feuillages.
Les arbres, majestés déchues, prennent de l’âge.
Ici une feuille virevolte, s’évade
Et retombe dans une joyeuse cascade.Ombres fluettes aux nombreuses et variées teintes,
Elles sont tout comme la nature, éteintes.
Je m’approche alors, foulant le sol mollasson,
Tout en méditant sur la présente saison.Soudain je comprends avec émerveillement
Que toute mélancolie est sans fondement.
Quoiqu’il arrive même après un long hiver,
Toute feuille reviendra sur sa branche, fière.Avec mes sentiments pour elle il va de même,
Tout cet amour vain alloué à ma belle reine
Sera un beau jour enfin, très certainement,
Au-delà de toute espérance, florissant.
« Toute feuille reviendra sur sa branche, fière. » Huit poèmes, une même idée : l’automne n’est pas une fin, c’est l’intervalle entre deux printemps.
Questions fréquentes sur les poèmes d’automne
« Automne » de Guillaume Wagner est le plus direct : un sonnet où la pluie, le vent et l’arbre nu portent la douleur du poète. Pour une tristesse plus intime, qui ne tient plus au paysage, « Automne intérieur » de Laudith est un bon choix.
C’est la saison de la transition. La lumière baisse, les arbres perdent leurs feuilles, et la nature donne à voir ce que nous vivons nous-mêmes : le temps qui passe, les départs, les fins d’amour. Ces poèmes l’utilisent comme un miroir, de l’émerveillement de Jean Klavzer à la lucidité de Christian Péqueux.
Le plus souvent, l’éphémère : un amour qui s’éteint, un souvenir, une part de soi qui s’en va. Mais elles annoncent aussi un retour. Chez Anthony Chiffot, la feuille tombée reviendra sur sa branche, et la chute devient une promesse.
Le vers de Christian Péqueux compare la fin des élans amoureux à celle de la belle saison. Les amants, fatigués d’avoir tant découvert l’un de l’autre, rencontrent les « épines » : l’automne ne détruit pas l’amour, il en voile l’éclat.
« À l’automne des jours » de Moun. Le poème demande à l’être aimé s’il sera encore là quand les cheveux blanchiront, puis au-delà. C’est un texte qui se lit à deux, et qui se dédie volontiers.
« Attente en automne » d’Anthony Chiffot, qui transforme la mélancolie en confiance, ou les derniers vers de « Avec les mots du jour » de Jean-Marc La Frenière, qui rappellent que les mots peuvent réchauffer quand tout le reste manque.
L’automne en poésie : une saison qui nous ressemble
De l’émerveillement au cœur qui se flétrit, de la passion ardente à l’espoir qui résiste, ces huit poèmes d’automne dessinent une saison aussi contrastée que notre vie intérieure. C’est peut-être la plus humaine : elle nous oblige à regarder ce qui passe, et à apprécier ce qui reste.
Si l’un de ces textes vous a touché, envoyez-le à quelqu’un qui traverse son propre automne. Et pour continuer le voyage, explorez nos poèmes classés par thèmes : d’autres voix, d’autres saisons vous y attendent.
À l’automne avancé :
La charmille ne veut s’en laisser compter
Dans la brise ses feuillages marcescents
Bruissent comme papier d’argent.
Dans leurs sarments rouges et or
Mille yeux en grappes noires
Pompent la dernière sève.
Ivre d’une goutte d’eau
La petite bestiole
Ne sait pas que le temps s’étiole.
Le pic-vert toujours aussi indécent
A des hululements de chouette
Comme s’il s’était piqué la langue.
La noble symphorine
S’est décorée de perles de nacre.
Le merle frénétique du bec
Brasse la litière comme un fou.
La grive draine tout en pointillés
Martèle son petit gris.
L’aster se prostitue avec les abeilles,
Les rend ivres de pollen.
Dans la chevelure à terre
Des feuillus en déroute
Le géotrupe éboueur
Clinquant dans son métal violet
Taraude sa bouse succulente…
………
Imperturbable s'embrume le refrain
En sanglots du ruisseau des aulnes,
Il murmure aux nénuphars jaunes
L'immortelle rengaine des humains:
Le regret des printemps
Ou la promesse des vendanges
Les pétales fanés
Ou le fruit mûri
Toujours l'épée du temps
La nature et l'insignifiance
L'obsession d'Héraclite
Le doute de Pyrrhon
Le primat de l'apparence
Le destin d'ignorance
L'être et le néant.
Quel magnifique voyage à travers l’automne ! 🍂 Vos poèmes capturent parfaitement la mélancolie douce et la beauté des paysages automnaux. Chaque mot semble danser avec les feuilles tombantes, et on ressent vraiment cette atmosphère de sérénité et de réflexion que l’automne inspire. Merci pour ce moment poétique, c'est un vrai plaisir de s'évader à travers vos vers. Je reviendrai souvent lire ces lignes en savourant une tasse de thé lors des soirées fraîches. 🍁🍃
Des couleurs bigarrées annoncent l’automne
Un florilège fort envoûtant et non monotone
Quelles merveilleuses toiles esquisse la nature
Vadrouiller et admirer ce paysage vous rend mature
Si l L Automne revient année après année c est que nous sommes debout alors sourions devant ces automnes là et cueillons chaque instant les fruits même trop mûres…
Mon coeur, comme un fruit mûr, a fini par pourrir,
Meurtri par la douleur qui vint le parcourir
Avec férocité :
L'automne d'une vie. Il tombera du tronc,
Arraché par un vent qui, ténébreux et prompt,
Enfle l'atrocité.