Les plus beaux poèmes de Anna de Noailles (1876 – 1933)

Il n’est rien de réel que le rêve et l’amour. Ce recueil de poésie vous propose sa biographie, ses citations et plusieurs poèmes. Nous vous présentons quelques poèmes d’Anna sur les grands thèmes de l’amour, de la nature et de la mort. De très beaux poèmes où s’entremêlent, l’amour, la déception amoureuse, les rêves secrets et le désir.

Poèmes d’amour et poésie d’Anna de Noailles :

Anna de Noailles
Textes poétiques et citations attribuées à Anna de Noailles

Qui était Anna de Noailles ?

Anna, princesse Brancovan, comtesse Mathieu de Noailles, poètesse française (1876-1933) Née le 15 novembre 1876 à Paris et décédée à Paris le 30 avril 1933.
Anna de Noailles épouse Mathieu de Noailles en 1897. Le couple fait partie de la haute société parisienne de l’époque.
Anna et Mathieu de Noailles n’auront qu’un fils, le comte Anne Jules de Noailles né en 1900 et décédé en 1979.
Anna écrit trois romans, une autobiographie et de merveilleux poèmes.
Anna de Noailles est la première femme devenue commandeur de la Légion d’honneur et l’Académie française nomma un prix en son honneur.
Elle est aussi la première femme reçue à l’Académie Royale de Langue et de Littérature de Belgique (lui ont succédé Colette et Cocteau).
Anna de Noailles meurt en 1933 et est inhumée au cimetière du Père-Lachaise mais son cœur repose dans le cimetière d’Amphion-les-Bains.

Les 21 Poèmes d’Anna de Noailles :

1. Songe d’amour


(Poème d’amour)


Je ne t’aime pas pour que ton esprit

Puisse être autrement que tu ne peux être

Ton songe distrait jamais ne pénètre

Mon cœur anxieux, dolent et surpris.


Ne t’inquiète pas de mon hébétude,

De ces chocs profonds, de ma demi-mort;

J’ai nourri mes yeux de tes attitudes,

Mon œil a si bien mesuré ton corps,


Que s’il me fallait mourir de toi-même,

Défaillir un jour par excès de toi,

Je croirais dormir du sommeil suprême

Dans ton bras, fermé sur mon être étroit

2. Rêve et secret d’amour


Recueil : Poème de l’amour, 1924


Le silence répand son vide ;

Le ciel, lourd d’orage, est houleux ;

On voit bouger, tiède et limpide,

Le vent dans un mimosa bleu.


Prolongeant sa douceur étale,

Le jour ressemble aux autres jours ;

Un craintif et secret amour

Rêve, sans ouvrir ses pétales.


Ainsi, pour longtemps en jouir,

La Hollande, en ses vastes serres,

Par des blocs de glace resserre

Les tulipes qui vont s’ouvrir.

3. Matin, j’ai tout aimé


(Poème d’amour)


Matin, j’ai tout aimé, et j’ai tout trop aimé ;

À l’heure où les humains vous demandent la force

Pour aborder la vie accommodante ou torse,

Rendez mon cœur pesant, calme et demi-fermé.


Les humains au réveil ont besoin qu’on les hèle,

Mais mon esprit aigu n’a connu que l’excès ;

Je serais tel qu’eux tous, Matin ! s’il vous plaisait

De laisser quelquefois se reposer mon zèle.


C’est par mon étendue et mon élan sans frein

Que mon être, cherchant ses frères, les dépasse,

Et que je suis toujours montante dans l’espace

Comme le cri du coq et l’ouragan marin !


L’univers chaque jour fit appel à ma vie,

J’ai répondu sans cesse à son désir puissant

Mais faites qu’en ce jour candide et fleurissant

Je demeure sans vœux, sans voix et sans envie.


Atténuez le feu qui trouble ma raison,

Que ma sagesse seule agisse sur mon cœur,

Et que je ne sois plus cet éternel vainqueur

Qui, marchant le premier, sans prudence et sans peur,

Loin des chemins tracés, des labours, des maisons,

Semble un dieu délaissé, debout sur l’horizon.

4. Le désir d’oublier


(Poème d’amour)


Quand tu me plaisais tant que j’en pouvais mourir,

Quand je mettais l’ardeur et la paix sous ton toit,

Quand je riais sans joie et souffrais sans gémir,

Afin d’être un climat constant autour de toi;


Quand ma calme, obstinée et fière déraison

Te confondait avec le puissant univers,

Si bien que mon esprit te voyait sombre ou clair

Selon les ciels d’azur ou les froides saisons,


Je pressentais déjà qu’il me faudrait guérir

Du choix suave et dur de ton être sans feu,

J’attendais cet instant où l’on voit dépérir

L’enchantement sacré d’avoir eu ce qu’on veut :


Instant éblouissant et qui vaut d’expier,

Où, rusé, résolu, puissant, ingénieux,

L’invincible désir s’empare des beaux pieds,

Et comme un thyrse en fleur s’enroule jusqu’aux yeux !


Peut-être ton esprit à mon âme lie

Se plaisait-il parmi nos contraintes sans fin,

Tu n’avais pas ma soif, tu n’avais pas ma faim,

Mais moi, je travaillais au désir d’oublier !


Certes tu garderas de m’avoir fait rêver

Un prestige divin qui hantera ton cœur,

Mais moi, l’esprit toujours par l’ardeur soulevé,

Et qu’aurait fait souffrir même un constant bonheur,


Je ne cesserai pas de contempler sur toi,

Qui me fus imposant plus qu’un temple et qu’un dieu,

L’arbitraire déclin du soleil de tes yeux

Et la cessation paisible de ma foi !

5. La douleur d’avoir attendu


(Poème d’amour)


Le temps n’a pas toujours une égale valeur,

Tu cours et je suis immobile,

Je t’attends ; cela met quelque chose en mon cœur

De frénétique et de débile !


J’entame avec l’instant un infime combat

Que départage le silence.

L’heure, qui tout d’abord semblait me parler bas,

Frappe soudain à coups de lance.


Elle semble savoir, et garder son secret,

Le destin se confie à elle;

On ne pénètre pas dans cette ample forêt

Où rien n’est promis ni fidèle !


Puisque la passion, en son sauvage trot,

Gaspille sa richesse amère,

Révérons ces instants de la vie éphémère

Dont chacun nous semblait de trop !


Attendre : épuisement sanglant de l’espérance,

Tentative vers le hasard,

Hâte qui se prolonge, indécise souffrance

De savoir s’il est tôt ou tard !


Impatience juste, exigeante et soumise,

À qui manque, pour bien lutter,

Le pouvoir défendu de refaire à sa guise

L’univers puissant et buté !


Certes, mon cœur ne veut te faire aucun reproche

Des minutes que tu perdais;

Tu me savais vivante, active, sûre et proche,

Moi, cependant, je t’attendais !


Sans doute la démente et subite tristesse

Qui se mêle aux jeux éperdus

Est le profond sanglot refoulé que nous laisse

La douleur d’avoir attendu !

6. Le désir triomphal


(Poème d’amour)


Le désir triomphal, en son commencement,

Exige toutes les aisances;

Il ignore le temps, le sort, l’atermoiement;

Il exulte, il chante, il s’avance !


On serait stupéfait et transi de savoir,

Aux instants où l’amour débute,

Combien seront soudain précaires l’abreuvoir,

Le dur pain et la pauvre hutte !


Le cœur éclaterait comme d’un son du cor

S’il entrevoyait dans l’espace

Tant de honte acceptée humblement, pour qu’un corps

Ne nous prive pas de sa grâce.

7. Que fais-tu de ta passion ?


Recueil : Poème de l’amour, 1924


Éros


Les volets, les rideaux, les portes

Ont protégé notre bonheur;

Mais, ô mon amie, ô ma morte,

Toi qui meurs, qui vis et remeurs,

En ce moment où monte à peine

Ta lasse respiration,

Que fais-tu de ta passion ?

Quel est ton plaisir ou ta peine ?


Écho


Ne demande rien, mon amour;

Ne bouge pas, reste en ta place;

Que ta suave odeur tenace

M’ombrage de son net contour.

Je ne pense à rien, je suis telle

Que quelque mourante immortelle

Qui sent en son cœur tournoyer

Les flèches qui l’ont abattue,

Et sans pouvoir tuer la tuent.

Dans cette ivresse de souffrir

Avec complaisance, ô prodige !

J’observe aux confins du vertige

La stupeur de ne pas mourir…

8. Je n’aimais que toi en toi


Recueil : Poème de l’amour, 1924


Si je n’aimais que toi en toi

Je guérirais de ton visage,

Je guérirais bien de ta voix

Qui m’émeut comme lorsqu’on voit,

Dans le nocturne paysage,

La lune énigmatique et sage,

Qui nous étonne chaque fois.


Si c’était toi par qui je rêve,

Toi vraiment seul, toi seulement,

J’observerais tranquillement

Ce clair contour, cette âme brève

Qui te commence et qui t’achève.


Mais à cause de nos regards,

À cause de l’insaisissable,

À cause de tous les hasards,

Je suis parmi toi haute et stable

Comme le palmier dans les sables;


Nous sommes désormais égaux,

Tout nous joint, rien ne nous sépare,

Je te choisis si je compare;

C’est toi le riche et moi l’avare,

C’est toi le chant et moi l’écho,

Et t’ayant comblé de moi-même,

Ô visage par qui je meurs,

Rêves, désirs, parfums, rumeurs,

Est-ce toi ou bien moi que j’aime ?

9. Aimer, c’est de ne mentir plus


Recueil : Poème de l’amour, 1924


Aimer, c’est de ne mentir plus.

Nulle ruse, n’est nécessaire

Quand le bras chaleureux enserre

Le corps fuyant qui nous a plu.


Crois à ma voix qui rêve et chante

Et qui construit ton paradis.

Saurais-tu que je suis méchante

Si je ne te l’avais pas dit ?


Faiblement méchante, en pensée,

Et pour retrouver par moment

Cette solitude sensée

Que j’ai reniée en t’aimant !

10. Le cœur heureux en toi


Recueil : Poème de l’amour, 1924


Je t’aimais par les yeux, je puis

Me détourner de ton visage,

Te parler sans boire à ce puits

De ton regard vibrant et sage.


Je t’accosterai comme font

Les prêtres avec les abbesses;

Plus rien ne trouble et ne confond

Une paupière qui s’abaisse.


Si terrible que soit l’amour,

Si spontané, ferme, invincible,

Le cœur heureux l’aidait toujours…

Mais tu me seras invisible.


Grave, je porterai le deuil,

Que nul hormis toi ne soupçonne,

De dédaigner sur ta personne

L’injuste beauté de ton œil.


Quand ta voix engageante et tiède

Voudra reprendre le chemin

De mon coeur, qui te vint en aide

Avec la douceur de mes mains,


J’aurai cet aspect d’infortune

Qui surprend et fait hésiter;

Tu pourras, sombre iniquité,

Croire enfin que tu m’importunes !


Comment me nuirait désormais

Ton fin et vivant paysage

Si mes yeux n’abordent jamais

Son délicat coloriage ?


Si jamais je ne me repais

De la nourriture irritante

Par quoi je détruisais ma paix ?

Si plus rien en toi ne me tente ?


Et qu’étais-tu, toi que j’ai craint

Plus que toute mort et tout blâme,

Si ton charme succombe au frein

Du noble souci de mon âme ?

11. Mon âme amoureuse


Recueil : Poème de l’amour, 1924


Je bénis le sommeil, lui seul peut déformer

Par sa ténèbre étroite, habile et travailleuse,

Les traits de ton image où mon âme amoureuse,

Sachant tous tes défauts, ne voit rien à blâmer !


Je m’endors agitée, et, pareille aux voyages,

Débordante d’espoirs, d’attente, de projets;

Et puis, à mon réveil, engourdie encor, j’ai

La douceur de trouver ma raison lasse et sage.


Je ne souhaite rien; fidèle à mes soucis

Je songe tendrement à la tombe loyale

Où, descendue enfin dans la paix sans rivale,

J’oublierai les désirs dont j’ai souffert ici;


Et je ne cherche pas à me tromper moi-même

Sur le dur sentiment que tu m’as inspiré;

Non, je ne t’aime pas avec l’honneur sacré,

Avec l’esprit ravi ! Non, pauvre homme, je t’aime…


Et si ton hésitant, faible et modique orgueil

Ne peut s’accommoder de l’animale flamme,

Moi, du moins, j’eus le droit de voir périr des âmes

Pour les lèvres, les bras, les noirs cheveux et l’œil !

12. Le mensonge est un noble secret


(Poème d’amour)


Ils sont les bâtisseurs hasardeux des pensées,

L’âme la plus puissante est parfois dépassée

Par ces rêves actifs que l’on voit se mouvoir.


Laissons se balancer dans leur ombre décente

L’excessive tristesse et l’excessif besoin !

Confions le secret ou la hâte oppressante

Au silence sacré qui ne les livre point.


Un souvenir dormant cesse d’être coupable,

Tout ce qui n’est pas dit est innocent et vrai;

S’il consent à garder sa face sombre et stable

Le mensonge lui-même est un noble secret.


Ô Vérité tentante et qu’il faut qu’on esquive,

Monacale pudeur, effort, renoncement,

Sainteté des torrents retenant leur eau vive,

Solitude du cœur et de la voix qui ment !


Tendresse de la main qui parcourt et qui lisse

La vie atténuée et calme des cheveux,

Tandis que le désir se prive du délice

De déchaîner l’orage éloquent des aveux


Résolution pure, auguste et difficile

De n’accaparer pas l’esprit avec le corps,

De rester étrangers, pour que le plus fragile

Ne soit pas prisonnier de l’ineffable accord !


Feintise d’être heureux en dehors de l’ivresse,

Accommodation aux paisibles instants:

Plus que les cris, les pleurs, les secours, les caresses,

Vous êtes le mérite insondable et constant !

13. La passion contient l’amour


Recueil : Poème de l’amour, 1924.


Ce n’est peut-être pas le tribut que réclame

Un cœur profond et délicat,

Cet amour allongé qui vient comme une lame

Frapper la rive avec fracas.


Ne pouvant pas comprendre et juger ce qu’on aime,

On ne fait que doubler son cœur ;

On est comme on voudrait que l’on fut pour soi-même ;

Mais l’abondance a ses erreurs !


Ne livrons pas à ceux qu’un faible élan contente

L’univers que nous possédons ;

Transmettre, en exultant, l’espace qui nous hante

Est un fardeau autant qu’un don.


La passion contient l’amour avec la hargne,

Et son orage est maladroit

Peut-être faudrait-il que parfois l’on épargne

Les cœurs étonnés d’être étroits !


Déguisons la fierté de nous sentir prodigues ;

Que pèse notre orgueil du feu

Devant la pauvreté de notre être qui brigue

La faveur d’obtenir un peu !


Devenons attentifs à ces âmes choisies

Que l’on goûte à travers leurs corps

Contraignons, en souffrant, l’altière fantaisie,

Aimer moins est si fort encor !


Il n’est pas, pour nouer une divine attache,

Que ces excès mal assainis.

Mais vraiment, se peut-il qu’auparavant l’on sache

Que l’on blesse par l’infini ?

14. Les mots que tu penses


Recueil : Poème de l’amour, 1924


Puisque je ne puis pas savoir

Ce que tu penses, je t’écoute ;

Ta voix en vain peut se mouvoir,

Je poursuis mon songe et mon doute.


Tu m’étonnes en étant toi,

En ayant ton élan, ta vie;

Je me sens toujours desservie

Par ce que tu prétends ou crois.


Mais quelquefois, dans le silence,

Je sens, comme une calme chance,

Se révéler notre unité,

Et j’entends les mots que tu penses

Et que je n’ai pas écoutés
…

15. Je ne suis plus ivre de toi !


Recueil : Poème de l’amour, 1924


C’est l’hiver, le ciel semble un toit

D’ardoise froide et nébuleuse,

Je suis moins triste et moins heureuse.

Je ne suis plus ivre de toi !


Je me sens restreinte et savante,

Sans rêve, mais comprenant tout.

Ta gentillesse décevante

Me frappe, mais à faibles coups.


Je sais ma force et je raisonne,

Il me semble que mon amour

Apporte un radieux secours

À ta belle et triste personne.


Mais lorsque renaîtra l’été

Avec ses souffles bleus et lisses,

Quand la nature agitatrice

Exigera la volupté,


Ou le bonheur plus grand encore

De dépasser ce brusque émoi,

Quand les jours chauds, brillants, sonores

Prendront ton parti contre moi,


Que ferai-je de mon courage

À goûter cette heureuse mort

Qu’au chaud velours de ton visage

J’aborde, je bois et je mords ?

16. Je t’aime comme si tu n’existais pas


Recueil : Poème de l’amour, 1924


Vis sans efforts et sans débats,

Garde tes torts, reste toi-même,

Qu’importent tes défauts ? Je t’aime

Comme si tu n’existais pas,


Car l’émanation secrète

Qui fait ton monde autour de toi

Ne dépend pas de tes tempêtes,

De ton cœur vif, ton cœur étroit,


C’est un climat qui t’environne,

Intact et pur, et dans lequel

Tu t’emportes, sans que frissonne

Ton espace immatériel :

L’anxieux frelon qui bourdonne

Ne peut pas altérer son ciel…

17. Ton visage aux belles peines


Recueil : Poème de l’amour, 1924


Un soir où tu ne parlais pas,

Où tu me regardais à peine,

Mes yeux erraient à petits pas

Sur ton visage aux belles peines,


Et j’ai fait avec ton ennui

Un étrange et mystique pacte

Où tout me dessert et me nuit ;

Et, depuis, mes rêves, mes actes,


A travers les jours et les nuits,

L’éloignement, l’atroce ennui,

S’en vont, résolus, invincibles,

Vers ton corps que j’ai pris pour cible.

18. Je souffre dans mon cœur


Recueil : Poème de l’amour, 1924


Pareils à l’Océan qui dans sa force trouble

Contient un orage inconnu,

Tes yeux de sombre azur sont pleins de lueurs doubles,

Jamais ils ne me semblent nus.


Je ne connais pas bien ces lieux de ma misère

Et de ma longue attention;

Ainsi que sur la lande aux chardons aigus, j’erre,

Me blessant aux déceptions.


Hélas ! J’étais puissante, attentive, précise,

Mais où toucher ton cœur amer ?

À présent je ressemble à ces femmes assises

Guettant les barques sur la mer.


J’attends qu’une heure sonne à quelque vague horloge,

Que je ne sais où situer;

Je souffre dans mon cœur indomptable où se loge

L’espoir, que tu ne peux tuer !


Et pourtant, cher esprit où s’ébattent des ailes,

J’aime mieux ne jamais connaître les nouvelles

Que renferme ton front têtu,

J’appréhende le mot par qui le cœur chancelle…


Merci de t’être toujours tu !

19. Désir encore ascendant


Recueil : Poème de l’amour, 1924


Ai-je imprudemment souhaité

Guérir de toi ? Quelle ignorance

M’irritait contre ma souffrance !

Ah ! Que rien ne me soit ôté


De la détresse qui me cache

Le passé, le lendemain !

Sois la seule chose que je sache

Et qui blesse ! Rien ne déçoit

Dans la sombre et féconde ivresse

D’un désir encore ascendant.


Lèvres rêveuses sur les dents,

Regard qui se meut ou se pose,

Gardez votre pouvoir ardent,

Vous qui, dans une chambre close,

Par le souvenir obsédant,

M’inondez d’une odeur de roses !

20. Jours de douleur sans courage


Recueil : Poème de l’amour, 1924


Les vers que je t’écris ne sont pas d’Orient,

Je ne t’ai pas connu dans de beaux paysages,

Je ne t’ai vu mobile, anxieux ou riant,

Qu’en des lieux sans beauté qu’animait ton visage.


Tout le tragique humain je l’ai dit simplement,

Comme est simple ta voix, comme est simple ton geste,

Comme est simple, malgré son fastueux tourment,

Mon invincible esprit que ton œil rend modeste.


Mon front méditatif, et qui porte le poids

De sentir s’emmêler à mes pensers les astres,

Te bénit pour avoir appris auprès de toi

Le rêve resserré et les humbles désastres.


Et si ton innocent et rayonnant aspect

Ne m’avait longuement imposé son mirage,

Je n’aurais pas la vive et misérable paix

Qui préserve mes jours des douleurs sans courage.

21. Cœur lent sans colère


Recueil : Poème de l’amour, 1924


J’ai travesti, pour te complaire,

Ma véhémence et mon émoi

En un cœur lent et sans colère.


Mais ce qui m’importe le plus

Depuis l’instant où tu m’as plu,

C’est d’être un jour lasse de toi !


– Je perds mon appui et mon aide,

Tant tu me hantes et m’obsèdes

Et me deviens essentiel !

Je ne vois la vie et le ciel

Qu’à travers le vitrail léger

Qu’est ton nuage passager.

– Je souffre, et mon esprit me blâme,

Je hais ce harassant désir !

Car il est naturel à l’âme

De vivre seule et d’en jouir…

Les plus belles citations d’Anna de Noailles :

Il n’est rien de réel que le rêve et l’amour. 

Solitude : la double solitude où sont tous les amants. 

Si quelque être te plaît, ne lutte pas, aborde ce visage nouveau sur lequel est venu se poser le soleil de tes yeux ingénus. 

Seul le plaisir physique contente l’âme pleinement. 

Qu’importent tes défauts ? Je t’aime comme si tu n’existais pas. 

Je crois à l’âme, si c’est elle qui me donne cette vigueur de me rapprocher de ton cœur quand tu parais sombre et rebelle ! 

Quand ce soir tu t’endormiras loin de moi, pour ta triste nuit, en songe pose sur mon bras ton beau col alourdi d’ennui. 

Tes doux jeux, charmants, éphémères, sont faits d’écume et d’âme amère.
Le courage est ce qui remplace ce que l’on désire. 

Combien de fois aurais-je dû me sentir lasse et sans courage ! Mais mon coeur n’a jamais perdu son désir pour ton beau visage. 

Je cesse d’écouter, d’une oreille attentive, ce frémissant secret qui soulève et ravive.
Je ne veux pas mourir avant de t’avoir trouvé moins charmant. 

Aucun jour je ne me suis dit que tu pouvais être mortel. Tu ressembles au paradis, à tout ce qu’on croit éternel ! 

J’entends les mots que tu penses et que je n’ai pas écoutés. 

Et la volupté n’est, peut-être, je le crois, que l’essai de mourir ensemble. 

Le corps, unique lieu de rêve et de raison, asile du désir, de l’image et des sons..

 Alfred de Musset – Paul Verlaine – Germain Nouveau – Charles Cros – Louis Aragon – Voltaire – Victor Hugo – Charles Baudelaire. 

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