Quand l’âme cherche sa trace : 6 poèmes sur l’identité, l’exil et la quête de soi

Femme contemplant un coucher de soleil, entourée de livres, de cartes anciennes et d’une boussole, illustrant la poésie sur l’identité, les frontières et la quête de soi.

Il arrive qu’on se demande, un soir ou devant un écran trop lumineux, qui on est quand on retire le rôle qu’on joue. Employé, fils, mère, étranger, amoureux : on porte plusieurs visages, et aucun ne dit tout.

Ces six poèmes sur l’identité prennent la question chacun par un bout différent. Un bureau trop étroit, un supermarché, une femme qui se dérobe, un bar qui ferme, une route vers l’Himalaya, une maison d’enfance qu’on rouvre en chantant. Certains sont tendres, d’autres rugueux. Si vous cherchez un poème sur la quête de soi, sur l’exil ou sur le besoin de liberté, vous en trouverez au moins un qui vous ressemble.

Lisez-les dans l’ordre si vous avez le temps. Ils dessinent un chemin : du masque qu’on porte au travail jusqu’au chant qui reste quand on a tout laissé derrière soi.

Quand le bureau étouffe : un poème sur le besoin de liberté et d’évasion

Huit heures par jour devant un écran, le sourire de commande, et dehors un oiseau qui siffle. Christine Perois en tire une fable de bureau, avec rêve et réveil brutal.

L’aigle et l’oiseau, de Christine Perois

Devant cet écran triste dans mon bureau étroit
Je pense tout le jour aux horizons lointains.
Je voyage dans mes rêves pour partir avec toi,
Quitter patron, collègues sans peur du lendemain.

Huit heures, cinq jour sur sept, sur Word et sur Excel,
Répondre au téléphone, sourire même sans envie,
Toujours plier le dos sans se montrer rebelle,
Voilà mon tendre amour, telle est ma vie ici.

La fenêtre est ouverte, un oiseau siffle au loin,
Je vais prendre ses ailes, symboles de liberté,
Pour m’envoler très haut par-dessus les chemins,
T’emporter avec moi et tout laisser tomber.

La tête entre les mains je savoure cet instant,
Je nous vois, tous les deux, voletant dans les airs
Puis, pour nous reposer, enlacés tendrement,
Nous coucher dans un nid en haut d’un chêne vert.

Le réveil est brutal, un aigle guettait sa proie.
Balayant de ses ailes les feuilles de papier,
Avec un cri strident, il se jette sur moi,
Ses serres acérées me clouant au clavier.

« Madame, il serait temps de se mettre au travail,
J’en ai vraiment assez de vous voir rêvasser,
Il n’y a pas récolte s’il n’y a pas semailles,
Je vous somme sans délai de finir ce dossier. »

Si mon corps est ici mon esprit est ailleurs.
L’aigle a coupé les ailes de l’oiseau liberté.
Mais quel réconfort, quel immense bonheur,
L’oiseau à la fenêtre continue à siffler.

01/03/2003
J’ai écrit ce texte pour « évacuer »
la tension qui règne en ce moment,
à mon travail, avec cet aigle
qui plane depuis six ans au-dessus de ma tête.

© Christine Perois

L’oiseau continue de siffler, et c’est tout l’espoir du texte. Mais on ne s’évade pas toujours par les airs. Parfois, ça commence par une liste de courses.

Chercher l’amour au supermarché : un poème drôle et tendre sur la solitude

Un post-it sur le frigo, une phrase absurde, et un homme qui part acheter ce qui ne se vend pas. Lionel Daigremont garde le sourire, mais la question derrière est sérieuse : que devient-on quand personne ne nous attend ?

Post-it, de Lionel Daigremont

« Ne pas oublier de tomber amoureux »
Un drôle de post-it qui trainait,
Je l’ai revu, je me suis dit « j’y penserai »

Et je suis parti faire mes courses.

Tomber amoureux, trouver l’amour…
On ne le trouve pas à tous les carrefours,
Le clair divin aux chant de troubadour,
Si ça se trouve, il n’est pas à portée de ma bourse.

Je l’ai cherché aux alcools, aux spiritueux,
Il fait tourner la tête, fermer les yeux,
C’est un tord-boyaux tortueux,
S’en abreuver fait monter aux cieux.
Apéritifs, digestifs, essais infructueux,
Idem des vins fins, champagnes et mousseux.

J’ai ensuite fait les fruits et légumes,
Car il est fruit de la passion, germe de l’émotion,
Pousse de la déraison, en pleine floraison,
Mais n’ayant trouvé le divin agrume,
Je m’en suis allé plein d’amertume
Vers des rayons plus fleuris.

Il y avait bien des tomates et des pommes d’amour,
Des coeurs d’artichauts, des bonnes poires,
Des bouclées, des torsadées, des frisées,
Des coquelicots, des fleurs irisées.
Des épices, des parfums persillés,
Des pêches à la peau de velours,
des bananes et des mûres noires
Des goyaves, mais rien d’illusoire.
Une salade de fruit tout ce qu’il y a de dérisoire.

J’ai cherché dans la poissonnerie
Mais la pèche n’était guère plus bonne.
J’ai fait tout un fromage à la boucherie-charcuterie
Où il n’y avait que du jambon de bayonne.
De la boulangerie à la parapharmacie
Des pommes de pains aux nectars des shampooings
Mais rien n’avait la teneur, la candeur de ce que je cherchais.

« Ne pas oublier », mais comment faire autrement.
J’ai cherché partout, du « PQ » aux condiments,
Mais ce n’est pas dans les étals que l’on trouve des sentiments.
J’ai bien trouvé des sourires et des douleurs à la caisse,
Mais l’amour ne s’achète pas à l’emporte-pièce,
En chèque, en carte bleue ni même en espèces.

On le dit géant, mais je ne l’ai pas vu,
Comment pourtant tant de gens l’ont eu.
J’ai fait toutes les boutiques, tous les marché,
Mais pas une occasion, rien n’a marché.

Rentré chez moi sur la porte du frigo
Le post-it me faisait encore froid dans le dos
« Penser à tomber amoureux »
On ne trouve pas l’amour en magasin,
Mais je garde la foi pour trouver ce bonheur,
C’est un colis qui tombe chez certains par erreur,
On le trouve sur notre route et j’en suis témoin.
Je ne l’ai pas trouvé entre les liqueurs et les olives noires,
Mais ce qui est important, c’est que je garde espoir.

8.6.6

© Lionel Daigremont

Il rentre bredouille et garde espoir. La narratrice qui suit ne cherche plus l’amour. Elle cherche comment aimer sans se perdre.

Poème sur la dualité féminine : être tempête et engourdissement, et rester libre

Dorothy Leigh écrit à la première personne une femme qui se sait double, torrent et torpeur, fugitive et pourtant attachée. Une chanson plus qu’un poème, à lire à mi-voix.

Chanson de nacre et d’opale, de Dorothy Leigh

Avant que sonne l’heure de la méconnaissance
J’apporte comme une offrande ma substance en transparence

Indicible sarabande dénuée d’artifices
Où se tisse le profil de mon esseulement
Ponctué parfois de mes soulèvements
Grisants comme le déferlement d’un torrent au printemps
Car je suis déchaînement comme je suis engourdissement
J’ai mes saisons secrètes aux reliefs usés
Voyageant dans le cercle de ma féminité
Quittant mes falaises érodées pour des plages indolentes
À petits pas feutrés
À la rumeur croissante de mes sortilèges
Où vos prémonitions flottent à la dérive

RIEN NE SAURAIT RETENIR UNE FUGITIVE . . .

Pourtant mes rituels séculaires appellent toujours au ralliement
Pour sceller l’alliance d’un bonheur réconcilié
Mais le rythme s’emmêle à la fixité
Troublant cet espace reconquis dans le poudroiement de ma vie
Et, maladroite, j’esquisse les arabesques de ma dualité
Jusqu’à l’exténuement, la translucidité . . .

Mon âme cuirassée résiste à vos promesses de velours
Et lassées d’avoir trop goûté de ce nectar poivré
Mes papilles gonflées et amères
Réclament leur apaisement
Dans un ultime frémissement
Pour passer de l’éphémère
Au plus profond attachement . . .
De la torpeur cendreuse
À l’exaltation lumineuse . . .

Sortir du provisoire
Frôler le merveilleux
Risquer le dérisoire
S’abandonner aux aveux
Boire à la fontaine de la plénitude
En renonçant aux vieilles habitudes
Vous intact, moi cependant désaliénée,
Fracasser les modèles surannés
Pour reconstruire ensemble la cathédrale
De notre amour disloqué . . .

© Dorothy Leigh

Une fugitive, justement : c’est ce que cherche l’homme du poème suivant, dans un bar qui ferme.

Patchwork : un poème mystère sur une femme disparue et une identité en morceaux

Un bar qui ferme, un garçon de salle, une certaine Rosine qu’on dit habituée depuis vingt ans. Cyrille Tuyeras découpe sa scène comme un collage : dialogue, souvenirs, fragments de vers. À vous de recoller.

Patchwork, de Cyrille Tuyeras

Le garçon traverse la salle.

Une goutte tombe comme ce verre.
Une cigarette meurt dans le cendrier
Et l’alcool répand une odeur de fané.

L’enseigne claque sur la lumière.

L’enseigne claque sur la lumière. Deux fois.
Chez Alphonse.

– Nous fermons Monsieur.
– Je sais. (Silence). Dites-moi, vous la connaissez cette femme ?
– Quelle femme ?
– Celle qui était assise à cette table et qui vient juste de partir ?
– Ah ! Rosine.
– Oui c’est ça Rosine.
– Oui, oui… c’est une habituée, ça fait bien au moins vingt ans qu’elle vient une fois par mois chez nous, accompagnée d’une dame très chic, très distinguée, avec une longue mèche blonde. Mais, ce soir, c’est bizarre elle est venue seule ?…Elle prend toujours des anchois marinés à l’huile d’olive, du coulis de tomate et des tartines grillées. C’est marrant cette manie… Mais qu’est-ce que vous lui voulez au juste à Rosine ?
– Je la recherche.
– Mais…

Sous sa moustache,
Ses lèvres sanguines se mettent à danser
comme des amants sur un air de tango.
Elles se rapprochent, se rejètent,
Forment un arc et des ronds d’eau
Au-dessus des dents blanches du garçon.

Je ne l’écoute plus.

Je suis comme happé par l’air de Tango qui passe en fond, près du comptoir,
sur lequel une voix d’homme chuchote imperceptible des paroles flavâtres, venues de nulle part :

« ô Brame sur la grève ton visage de givre,
Le cerf volant l’hiver aux instances de larmes…

Et, brève comme la dérive des rivières
Ta voile souffle
Vers le brouillard épais
des gouffres anciens…

Pour Toi, Mon Père,
J’irai cueillir une Rose
Dans le ciel rouge d’une soirée d’automne,
A l’heure où les grues érigent en flèche
Une cathédrale
Pour l’Infante d’Espagne… »

– … s’agit-il d’un meurtre ?

Le garçon vient ENFIN de poser la bonne question. Il n’y a plus personne dans le bar.

Ce poème a pour suite le poème d’Anne BRUNELLE, « Droit devant » publié le 04-06-06.

© Cyrille Tuyeras

Le poème laisse la question ouverte, et la femme reste introuvable. L’histoire suivante est moins feutrée. Elle commence par un père qui n’est jamais venu.

Poème sur l’exil et l’héritage familial : fuir sa mère, quitter son pays, se chercher ailleurs

Langage cru, propos durs, à réserver à un public adulte. Jocelyn Pfaff écrit contre une mère, un père absent et un pays quitté, de Lyon à Katmandou.

Le ventre des femmes, de Jocelyn Pfaff

Papa fantôme
Qui n’est jamais venu,
Sauf ce printemps-là,

Dans le ventre de ma mère.

Mère hystérique,
Abrutie de bêtise,
Accablée qui plus est
Par la connerie ambiante
Et l’opprobre
Des aussi demeurés qu’elle.

« Tu n’es pas très famille,
Toi,
On dirait. »

Si,
Je suis de la famille des humains.
Quelques-uns sont mes frères,
Quelques-unes sont mes soeurs,
Les autres sont des proies;
Je dois me venger d’elles,
Elles paient pour mon malheur.

Mon père s’en est allé
Sur les…mers !
Elle l’a laissé partir.
Ses jérémiades obscènes
Ont même dû
Faciliter sa fuite.
Je ne sais pas à qui j’en veux:
Moi aussi
J’ai fui cette femme,
Sourde à tous les désirs,
M’offrant le peu que je refusais
Se fermant à tout le reste.
Cette femme m’a gâché.
Vite,
Vite,
Un peu de sang
Que j’écrive:
 » Ma mère m’a tuer ».

Quel boulot pour renaître !
Quitter Lyon,
Quitter la France,
M’éloigner de l’Europe,
Me poser en Asie,
Apprendre le rythme d’ici.
Pokhara,
Katmandou
Une rime pour Sarah
Une pour le temps doux
Passer à vieillir un peu

Père absent,
Croisé dans le regard
D’autres enfants
Qui vendent des couteaux
Qui dorment sur les tables,
Esclaves souriants.
Gentils voleurs
De touristes américains,
Jeunes sacrifiés,
Rompus à la misère.
Dans la vallée de l’hépatite,
On apprivoise la mort,
On n’a plus peur de rien,
Père ne regarde pas.

 » Un trek dans l’Himalaya »,
As-tu dit en partant.
« Y a pas de terroristes,
Là où tu vas ? »
Tu réponds pas.
Tu sais,
Pourtant,
Pour les cinglés
Qui traînent encore là-bas…

Ton père est mon père,
Frère inconnu d’un jour.
L’homme est un clou pour l’homme,
On le sait depuis Jésus !
Ta mère, elle, joue les prolongations
Dans un bordel de Phuket.

Oui,
Je suis de la famille des humains,
Même si je suis dégénéré,
Pour autant que
Les hommes viennent
Dans le ventre des femmes,
Pour autant que
Le mères les acceptent.
Mais l’héritage est lourd,
Quel travail pour exister !

Géniteur inconscient,
Soucieux surtout
De se vider les burnes,
Pédophile occasionnel,
Impuni
Et impénitent,
Saccageur d’innocences.

Mes enfants,
Je vous aime tous,
Je vais survivre en vous.
Je suis ainsi:
Je ne sais pas m’arrêter.
Je mourrai en mouvement,
Dans un train, un avion.
Je mourrai en mouvement
Dans le ventre d’une femme.
Je mourrai en bandant,
Dans les toilettes d’une gare
Ou un hôtel sans âme.

Un enfant
Plus
Un enfant
Plus
Un enfant
Plus…

Nés en Asie,
Nés en Europe,
Nés pour être témoins
Et prouver
Que la vie existe
Sur cette foutue planète.

Tous ces enfants,
Mes frères…

Mais tu ne crois quand même pas
Que je te raconte ça
Juste pour t’aimer ce soir ?

© Jocelyn Pfaff

Après tant de départs, que reste-t-il ? Le dernier poème répond, et sa réponse tient en un mot : le chant.

Poème sur l’enfance retrouvée : quand le chant devient la dernière demeure

Philippe Landreau clôt la sélection d’un long souffle. Hivers blancs, départs au petit matin, portes ouvertes une à une. Quand on a tout laissé, que garde-t-on ?

Le chant, la demeure, de Philippe Landreau

Il y eut des hivers très blancs
que la neige habitait recouvrant le Mont Maudit
de strates très légères qui finiraient par poser

une épaisse chape de silences alentours
j’ai erré sans vouloir me perdre
dans la multiplication de signes
que je ne savais interpréter
quels oiseaux il y en eut tant portaient
l’intensité turbulente des retours
les autres celle des départs
tandis qu’une main aveugle dans le ciel
dessinait des cartes muettes sourdes indéchiffrables
que je m’efforçais d’élucider sans en parler
la langue mouvante insaisissable des nuages

Depuis toujours attendre ne m’est pas un pays
mais une énigme qui maintenant me devient préhensible
sans que je n’en sois moins pressé
le temps me fait violence et passant
m’oblige à déchirer des pans entiers
de cette minutieuse compréhension
l’étonnement de se pencher avec avidité
sur l’intense clarté que procurent les lueurs
des choses les plus simples qui sont également
les plus compliquées à toucher
dans cet affleur de tout, de soi,
je ne garde pas les images les jours figés
il y eut tant et tant de départs au petit matin
il a fallu laisser les amours les paysages
les escaliers les meubles
comme en une crue soudaine et tout et ne rien oublier

Ce monde de beaucoup de violence
on ne peut ni peser ni mesurer
mais du fond de la détresse ce n’est pas l’écriture
ni la parole mais le chant le dernier refuge
la demeure d’enfance. Vous chanterez ni pour vous
ni pour moi mais l’étrange voyage qui nous accompagne
jusqu’au seuil sortir entrer passer sans ne rien dire
fredonner la joie et la désespérance, tous deux,
comme toujours sans hiers, sans lendemains.
Je parle de la graine et des mains qui l’enfoncent
dans la glaise avec le vent et les nuits
les armes désarmantes naïves obstinées
de la graine et de toutes les choses pliées,
enfouies pour survivre, ne pas se noyer
dans l’intense abandon, la poussière des sommeil,
les lentes dévorant le peu d’esprit qu’il nous reste
de désirs de soyances où victime propitiatoire
dans l’inutile enfin s’abandonner.

Il faut voir ailleurs là-bas de si près la mort,
la résonance, ces lieux invisibles dans lesquels
il n’y a pas de cri que la rumeur versatile
des musiques où se reflètent les bribes désarticulées
des voix des bandonéons des crécelles des limonaires
qui déjà contenaient l’écorce tendre des chagrins
le premier jouet brisé de l’enfance, l’innocence,
sans plus d’infini. J’ouvrirai des portes et des portes
et encore des portes des huis des serrures des fenêtres
des crédences pour en sortir les ors factices,
jeter la vaisselle, les dictionnaires, les aiguilles,
les stylos, les mots embaumés dans les démences immobiles,
j’ouvrirai les fenêtres et les fenêtres des fenêtres
et le ciel et le bleu, des cataractes de lumière
pour en noyer le gris lentement mastiqué par l’ennui,
des rangements, des placards, les greniers
où toute une vie morte se tient bien rangée pour personne
que le temps qui ne reviendra plus
et tout volera dans les rires les éclats les pleurs
les rêves dans les eaux amniotiques
dans lesquelles nous dormions sans questions
depuis si longtemps.

J’allongerai la pluie pour que tu te souviennes
des vestibules, des navires, des odeurs des couloirs,
des écoles, de l’eau gelée des fontaines
et puis l’absence, des taies d’oreillers,
des lavoirs, des femmes crucifiées,
gélifiées dans les couleurs absentes des draps,
des photographies, parce que tout fut sacrifié,
le bonheur, les rideaux, ma mère qui chantait
comme seuls savent chanter ceux qui ont préservé
un dernier rayon de la lumière finissante
d’entre les ombres d’entre les nuits

© Philippe Landreau

Ce que ces poèmes disent de nous

Un aigle au bureau, un post-it sur le frigo, une femme qui file entre les doigts, un bar qui ferme, un voyage trop long, une maison d’enfance : six façons de répondre à la même question. Aucune ne donne de réponse définitive, et c’est sans doute pour ça qu’on y revient.

Si l’un de ces textes vous a touché, partagez-le à quelqu’un qui en a besoin ce soir, ou gardez cette page dans vos favoris pour y revenir quand le doute reviendra. Nous publions régulièrement de nouvelles sélections de poèmes d’amour, d’exil et de liberté.

Questions fréquentes sur ces poèmes

L’aigle représente l’autorité de l’employeur : il guette sa proie, fond sur elle et la cloue au clavier. L’oiseau à la fenêtre, lui, incarne la liberté et l’imaginaire. Le poème se termine sur l’oiseau qui continue de siffler, comme si le rêve résistait malgré la contrainte.

Un homme trouve un post-it qui lui rappelle de tomber amoureux et part faire ses courses en cherchant l’amour rayon après rayon. Sous l’humour, le texte parle de solitude et de l’attente de l’amour. Sa conclusion est simple : l’amour ne s’achète pas, mais l’espoir reste.

Un patchwork est un assemblage de morceaux. Le poème en fait autant : scène de bar, dialogue, souvenirs d’une habituée, vers cités qui surgissent d’une musique. On peut y lire une identité reconstituée à partir de fragments, celle d’une femme qu’on cherche sans jamais la voir.

Le narrateur quitte Lyon, la France, puis l’Europe pour s’installer en Asie. Ce départ est autant géographique que familial : il fuit une mère et poursuit un père absent. L’exil devient une tentative de renaître ailleurs, avec un héritage qu’il juge lourd à porter.

Pour le poète, quand l’écriture et la parole ne suffisent plus, le chant reste le dernier refuge. Il y rejoint la demeure d’enfance et l’image de la mère qui chantait. La maison qu’on a dû quitter existe encore dans la voix.

Un poème permet de dire sans expliquer. Il met des images sur ce qu’on ne sait pas nommer : le masque qu’on porte, la dualité qu’on ressent, l’endroit qu’on a quitté. Lire les mots d’un autre aide souvent à reconnaître les siens.

« Chanson de nacre et d’opale » parle du tiraillement entre deux élans et peut se lire à voix basse. « Le chant, la demeure » est plus long et plus sombre, mais il finit sur une forme de refuge. Pour commencer plus doucement, « L’aigle et l’oiseau » se lit en quelques minutes.

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