Quand l’amour fait mal : 176 poèmes sur la douleur du cœur
Un chagrin d’amour ne se règle pas avec une belle phrase. On cherche pourtant des mots, la nuit surtout, quand le téléphone reste muet et que la maison paraît trop grande. Ce recueil rassemble 176 poèmes sur la douleur du cœur, écrits par des gens qui sont passés par là : amour non partagé, trahison, rupture, jalousie, attente, peur de ne plus savoir aimer.
Ces textes ne sont pas des modèles de style, et c’est tant mieux. Certains riment à la perfection, d’autres tâtonnent, quelques-uns hurlent. Tous disent à leur façon ce que fait un cœur qui souffre : il compte les heures, relit les messages, pose cent fois la même question. Si vous cherchez un poème sur le chagrin d’amour pour vous y reconnaître, pour dédier quelques vers à quelqu’un qui pleure, ou simplement pour ne plus vous sentir seul avec ça, vous êtes au bon endroit.
Au fil des neuf pages, vous croiserez des poèmes sur la trahison, l’abandon, la jalousie, la solitude, et parfois, au détour d’un dernier vers, une lueur d’espoir. Lisez dans l’ordre, ou laissez-vous porter par le titre qui vous parle.
Avant de lire : plusieurs poèmes de ce recueil évoquent la mort, l’envie de disparaître ou le suicide. Si ces mots résonnent trop fort en vous en ce moment, vous n’avez pas à les garder pour vous. En France, le 3114 (numéro national de prévention du suicide) répond jour et nuit, gratuitement. En Suisse, c’est le 143. Ailleurs, le service d’urgence de votre pays peut vous orienter.
Sommaire :
Meurtrie : un poème sur la douleur de vouloir disparaître
Certains poèmes ne cherchent pas à consoler. Celui-ci dit simplement le vertige d’une nuit où tout pèse trop.
Meurtrie
Aujourd’hui je me mutile,
demain je me tue…
Aujourd’hui je me fais mal,demain je n’aurai plus mal.
Ça y est, aujourd’hui je meurs, n’est-il pas merveilleux
de choisir la mort qu’on veut ?
L’heure et l’endroit aussi ?
Je ne veux pas laisser de lettre d’adieu :
peut-être seraient-ils heureux,
ou peut-être malheureux ?
Qu’écrire ?
« Salut, je fais semblant de rire et pourtant je n’ai qu’une envie : mourir ! Je vous aime quand même ! »
Non, je ne veux pas.
Peut-être écrire : « Je suis une lâche
et j’ai beau avancer sans relâche,
je me tue à la tâche,
me voir dans le miroir me déplaît !
Adieu, je vous aime… »
Et puis, tout compte fait, je ne me tue pas, je n’ai pas assez de courage,
j’ai encore la rage.
Ça va me passer, je n’ai qu’à vraiment pleurer,
et ravaler ce malaise trop dur à exprimer…Peut-être un jour je serai guérie
— Julie Degreez
et j’attendrai encore longtemps pour périr.
Après ce cri, d’autres voix racontent la même fatigue, parfois avec plus de retenue, parfois à travers le regard d’un proche.
À une mère éplorée : quand le chagrin d’une mère traverse les mots
Un poème de réconfort adressé à une femme qui pleure, écrit dans la langue ancienne des vers classiques.
À une mère éplorée
La vie est pour les uns source de joie, d’allégresse,
pour d’autres, a contrario, d’amertume, de tristesse.Mon être, en pareil cas, est comme mon cœur : en pleurs,
et les larmes à mes yeux sont le signe de ma douleur.Aucun père, nulle mère ne délaisse ses petits,
leur amour est présent, même s’ils sont partis.
La nature a ses lois et chacun son destin :
même les louves (à Rome) allaitent par instinct.Heureux celui-là qui, dans sa solitude,
peut, comme nous, compter sur la sollicitude
d’un fils, d’une famille, d’une vieillesse heureuse.J’ai fort regret, Létitia, de ces heures passées,
— X CéPYGé
et je vois et je sais : tu te sens malheureuse.
La vie t’attend, splendide, avant de trépasser.
Le chagrin se fait ensuite plus intime, et prend la forme d’un mal qui s’installe dans le corps.
À cause de toi : la douleur qui ronge comme une tumeur
Quatre vers brefs, durs, où le chagrin d’amour devient une maladie dont on ne guérit pas tout à fait.
À cause de toi
Une gangrène de rancœur
gicle du pus de douleur.La tristesse écoulée par les larmes
te creuse le fond de l’âme.Même si l’on t’ampute de ton malheur,
ses gènes resteront au repli de ton cœur.Le mal, tel une tumeur,
— Mynnye
est pervers et moqueur.
Même image du corps qui souffre dans le poème suivant, mais cette fois la douleur se retourne contre soi.
Les rongés : un sonnet sur le mal qui dévore de l’intérieur
Un sonnet à la langue travaillée, où la souffrance morale se moque des blessures du corps.
Les rongés
Elles peuvent m’agresser, les sournoises quidams,
ces fourmis embrasées et viles carnassières.
Je les invite encor à lacérer ma chair.Qu’elles me dépiautent donc : ce corps n’est pas mon âme !
En soupirant pourtant, je sens comme des lames
sillonner mes viscères, sommaires et ordurières,
et car de cette viandasse je n’ai que faire,
je puis vous la céder : elle ne me fera pas pâme.Quand, en mon intérieur, je honnis ces tourments,
car toisés par l’esprit ils sont fluets mouvements,
doux et débonnaires comme les seins d’une belle,c’est que l’immense mal, cafard intempérant,
— Faust Federel
ne peut ronger alors que mon Soi impotent,
toujours en perdition dans l’infinie querelle.
Après la violence des images, un poème plus abstrait, tout en reflets et en éclats.
Larmes de verre : un poème sur les pleurs qui blessent en silence
Des images de verre, de soie et de coraux : la tristesse y devient fragile, presque belle.
Larmes de verre
Au-dessus de ces séraphins,
dans ce dôme de coraux,
vestige de soie, au-delàdes regards en évasions.
Sentinelle de ces nuits,
digue protégeant ces flots
de protestations. Suffire
à la sanguinairefolie habitant ces cieux,
gouvernail de cette prose,
messagère pondératrice,
luxuriante lumière.Chaste demoiselle aux allures
espiègles, pénétrer
le fond de l’âme,
en conquérir les balafres,sévices en rémissions.
Partager ces boissons
cérémonieusement sur cette brèche
s’ouvrant sur ce refuge,habitacle d’illusions…
Gravir l’échelle de ces peurs,
fioritures en myriades,
miettes pieuses se déversantsur les joues, en larmes de verre.
— Jean-François Pageau
On quitte l’image pour le cri simple de ceux qui pleurent sans toujours savoir à qui le dire.
Les bébés pleurent, moi aussi, et vous ? Un poème sur les pleurs que l’on n’entend pas
Une question posée sans détour : pleurer n’est pas réservé aux enfants, et les larmes d’un adulte ont aussi leurs raisons.
Les bébés pleurent, moi aussi et vous ?
Il n’y a pas que les bébés qui pleurent,
même si les bébés pleurent
quelquefois.Eux aussi pour des motifs graves :
— Myrabelle
l’abandon, le délaissement de leurs parents
et/ou de leurs proches,
la maladie,
ou pour un autre motif…
qui les perturbe
et les émeut,
pouvant même empêcher,
durant un court temps
ou très longtemps,
leur croissance.
Et qui, si on ne se penche
très sérieusement
sur les soucis qui les préoccupent,
peuvent, à force de privations :
de nourriture, d’attentions, et/ou d’amour,
et/ou de confiance en soi,
les en faire mourir !
De l’enfance blessée, on passe à l’angoisse sourde de l’adulte qui doute de tout.
Le fond de ma peur : un poème sur l’angoisse d’être abandonné
Une peur qui n’existe que dans la tête, mais qui fait aussi mal que si elle était réelle.
Le fond de ma peur
Le fond de ma pensée est durement souillé
d’angoisses récurrentes, l’esprit névrosé.
Comment me débarrasser de ce sentiment fictif ?Scènes d’abandon, ce film hautement sensitif
— Ruddy
n’existe que dans ma torture quotidienne.
Mon âme torturée et viciée m’aliène,
créer du doute là où il n’y en a pas,
comme perdu au fin fond d’un obscur bois.
J’ai perdu mes galets, je n’essaime que mes larmes :
ce mal me ronge sans qu’autour de moi on s’alarme.
Cette peur de perdre l’autre s’accompagne souvent d’un sentiment de double vie, que le poème suivant met en mots.
Lettre d’un voyageur triste : l’âme meurtrie sous les apparences
Trois visages d’une même personne : le voyageur, la citadine, l’enfant. Aucun ne va bien.
Lettre d’un voyageur triste
J’ai l’âme d’un voyageur,
j’ai la vie d’une citadine,
j’ai le regard d’une adulte,j’ai le cœur d’une enfant.
J’ai l’âme meurtrie,
j’ai la vie que je n’ai pas choisie,
j’ai le regard triste et vide,
j’ai le cœur rempli de douleur.J’ai le voyageur en moi,
— Fabienne Huon
j’ai la citadine en extérieur,
j’ai le regard de peine,
j’ai le cœur qui ne cesse de pleurer.
Pour ceux qui ne savent plus comment sortir de cette tristesse, un poème leur répond en leur demandant de chanter.
Chante-la, ta douleur : un poème pour dire sa peine à voix haute
Un refrain qui tourne comme une prière : la douleur ne disparaît pas, mais elle peut sortir de soi.
Chante-la ta douleur
Chante-la, ta douleur,
désenrhume ta voix
aigrie.Chante-la, ta douleur,
désenrubanne les momies.Chante-la, ta douleur,
pointe-les du fleuret.
Chante-la, ta douleur,
esquinte-les de tes regrets.Chante-la, ta douleur,
d’espèces et de chœurs.
Chante-la, ta douleur,
d’espérances en sueurs.Chante-la, ta douleur,
échappe tes pénibles secrets.
Chante-la, ta douleur,
réchappe ton cœur discret.Chante-la, ta douleur,
projette tes ridés soucis.
Chante-la, ta douleur,
rejette l’idée du fusil.Chante-moi-la, ta douleur…
— Triste Clown
Mais parfois la douleur n’a pas de mélodie, seulement un bruit qui ne s’arrête plus.
Des bruits incessants : un poème sur la douleur qui cogne dans la tête
Les souvenirs reviennent, la tête tambourine, et l’on voudrait juste ne plus avoir mal.
Des bruits incessants…
Comment exprimer à cet instant
ce que ma pensée voudrait vous dire ?
C’est comme si, depuis ces derniers temps,mon corps voulait m’empêcher d’écrire.
Je sens ma vie défiler en moi,
et toutes les images du passé ressurgissent,
et ça tambourine encore, ça fait des mois.
Ma tête pourra-t-elle supporter cela sans que je gémisse ?Des bruits incessants de droite à gauche,
de haut en bas, ça tourne, c’est infernal.
Je regarde mon visage dans le miroir et m’y trouve moche ;
peu m’importe, je voudrais juste ne plus avoir mal.J’essaie d’attraper des instants au vol,
de revoir des images de bonheur pour échapper à cette crise,
comme dans un vieux cinéma, avec un vieux projecteur sur le sol :
les images sont en noir et blanc, mais ce sol s’enlise…Et la douleur toujours là, frappant ma tête,
— Niky
de bruits incessants…
Même auteure, même nuit, mais avec une adresse : aux larmes elles-mêmes.
Vous… : un poème qui parle aux larmes qui envahissent le regard
Un poème adressé aux larmes elles-mêmes, comme à des intruses dont on aimerait se défaire.
Vous…
Cessez d’envahir ma vie, cessez d’envahir mes nuits,
vous qui perlez sur mes joues et mouillez mon regard.
Vous me faites mal, vous engourdissez mon cœur.Libérez mon âme, libérez mon cœur, fuyez mon visage.
Je n’ai de cesse de vous essuyer, laissez-moi.
Pourquoi s’acharner sur mon destin, pourquoi revivre le passé,
emprisonner le présent de souvenirs inutiles ?
Cessez de voler la place de mon sourire.
Je ne vous hais point, vous me rendez sensible,
mais laissez-moi prendre vie,larmes.
— Niky
Après les larmes, la question que tout le monde se pose un jour : pourquoi moi, et pourquoi toujours ?
Pourquoi… c’est toujours moi : un poème sur le sentiment de malchance en amour
Une longue suite de « pourquoi » sans réponse, écrite avec les mots simples de celui qui ne comprend plus.
Pourquoi… c’est toujours moi
Pourquoi c’est toujours comme ça avec moi ?
Pourquoi j’ai pas d’amour ?
Pourquoi je souffre comme si j’étais au four ?Pourquoi je ne suis pas heureux comme toi ?
Pourquoi j’essaie même pas une fois ?
Pourquoi ça se termine avec du malheur ?
Pourquoi ça se déroule pas une heure ?
Pourquoi je me sens, avec elle, dans le froid ?Pourquoi suis-je devant elle gelé ?
Pourquoi mes sentiments restent-ils stoppés ?
Pourquoi, si je parle, ça se découpe ?
Pourquoi cette défaite ne me change pas le moral ?Pourquoi dans la rue, la maison ?
— Azizou Hamid
Pourquoi me décourager ?
Pourquoi me dire de m’éloigner d’elle ?
Pourquoi, si comme ils me donnent du poison ?
Un autre « vous », cette fois pour deux anciens amis dont la trahison laisse un goût de cendre.
Vous deux : un poème sur la trahison de deux amis
Écrit avec de l’encre qui ne s’efface pas, ce texte parle de ceux qui étaient amis un jour.
Vous deux
Des brins jaunes
qui harcèlent mes nuits
de leur saveur de paille.À quoi bon serviront-ils,
secs, froids, sans lumière,
sans traces d’amour,
pour l’ancêtre de mon silex ?..C’est pourquoi je déverse à blanc
sur vos livres éteints mes encres
indélébiles
d’où surgissent, amères, coupables,
vos gloires pavoisées de mensonges,
vos délires barbelés
aux traits d’une trame de mort
que je piétine de mes téméraires
coups de raison.Je ne veux rien
sauf oublier que vous étiez
à moi, un jour, amis,vous deux.
— Ali Iken
Du silence de l’oubli, on passe à celui du soir qui tombe.
Au creux du soir : un poème sur la solitude quand la nuit tombe
Un poème de soir creux, où l’on demande qu’on parle d’autres malheurs que les siens.
Au creux du soir
C’est quand le soir est creux
que tous les ciels d’orage
déversent des pitiésde silence muet.
Parle-moi d’autres gueux perdus dans des tempêtes,
parle-moi de malheurs qui ne seraient pas miens.Comme on tremble la nuit
au fond des yeux ouverts
quand un rêve déchire un lambeau de matin
et que les cors éclatent,
envahis de spirales,mais les mots balbutiés,
— Colette Haddad
les mots entrelacés,
quand mon cœur endormi rêve au père Noël…
À ce soir silencieux répond le long chemin de ceux qui ont aimé trop fort et se retrouvent seuls.
Le chemin : un poème sur ceux qui aiment trop et se perdent
Un chemin sans fin vers l’autre, et tout autour des cœurs à moitié brisés.
Le chemin
Le chemin vers l’autre est une route sans fin.
— Christina
J’ai vu ma famille, mes amis perdus au loin,
cherchant désespérément une réponse à leur question :
« Pourquoi ai-je aimé avec passion ? »
Moi, je me retrouve ici
au milieu de toutes ces vies.
Je dis qu’il ne faut pas dire ça,
mais je me mens : au profond de moi
tout mon être est écœuré
de voir tous ces cœurs à moitié brisés,
dissous dans leur tristesse et leur malheur,
ne laissant plus aucune place au bonheur…
Quand la peine devient trop lourde, il suffit parfois que quelqu’un dise : « Pleure, je suis là ».
Pleure, je suis là : un poème pour consoler une amie qui souffre
Un poème de tendresse, écrit pour quelqu’un qui s’effondre et qui n’a plus qu’une épaule sur laquelle pleurer.
Pleure, je suis là
Il t’a fait souffrir
et tu lui en veux.
Tu vois, c’est pas un jeu.Tu veux le maudire.
Et sans réfléchir
tu hurles, tu te débats,
tu ne veux plus rire
dans tes draps.Tu es perdue,
toute tremblante,
sa vision te hante,
et puis tu t’es tue.Et maintenant l’eau de tes yeux
sort, coule sur tes joues.
Avec ton regard bleu,
tu es petite, toute choue.Je suis là,
— Syllian
calme-toi,
tu t’effondres sur moi
et ça continue comme ça.
À cette amie en larmes répond une autre voix de réconfort, plus tournée vers l’avenir.
L’évasion : un poème pour dire à une amie qui souffre qu’elle peut s’en sortir
Un poème de soutien qui insiste doucement : une seule vie nous est donnée, et on a le droit de s’en échapper vivant.
L’évasion
À l’amie qui souffre, isolée,
sans vouloir être
consolée,j’aimerais pouvoir, tendrement,
apporter un soulagement.Quand une douleur nous obsède,
que, privé de force, on lui cède,
jusqu’au complet épuisement,
on n’entame pas son tourment.Le sort est souvent destructeur.
Lors, en dépit de la stupeur,
quand on a été pris pour cible,
le défier reste possible.Une seule vie nous échoit,
nous devrions tenter le choix
de nous évader d’un calvaire.
Il fut prouvé qu’on peut le faire.Toujours en sursis ici-bas,
on ne doit pas baisser les bras,
en dépit des drames extrêmes.
Exister implique qu’on s’aime.10 juin 2005
— Suzanne Walther-Siksou
Mais tout le monde n’a pas cette amie. Dans le poème suivant, la chute semble sans fond.
Angoisse : un poème sur la chute et le besoin d’une main tendue
Une longue chute dans la voie lactée, avec en bout de course une main qui cherche celle de l’autre.
Angoisse
Le temps est passé,
me faisant tomber en chemin
de sa mémoire trouéede vieux mendiant cynique,
de dieu éternel, unique.
J’ai glissé sur la voie lactée,
entraînant dans ma chute mon destin
et mes pensées, sur lesquelles s’est fixé
le reste d’un souvenir,
empreinte d’un monde parallèle
qui me fait souffrir,
mais par lequel je m’échappe
au rendez-vous des astres, fidèle.
Je pose ma tête sur le cœur du néant,
à la porte du repos je frappe,
cherchant un port d’attache,
errant désespérément.
Derrière mes illusions je me cache
d’une réalité qui n’est pas mienne
et qui m’entraîne par les cheveux
vers l’abîme, vers un trou creux.
Et ma main se tend, cherchant la tienne,
l’autre filant toujours ma patience
avec la poussière de mes vers,
pour qu’un jour tu m’expliques
dans quel lit s’est assoupie la différence
entre mon univers
et ce monde pathétique.
L’angoisse se réduit parfois à un seul mot. Le poème suivant le dit avec une tendresse déroutante.
Douleur : un court poème sur l’attente d’une souffrance qui ne vient pas
Un texte étrange, presque une lettre : la douleur y est un visiteur dont on guette l’arrivée.
Douleur
Douleur, je t’attendais,
tu me manquais.
Viens donc près de moi.Je voyais la nuit venir
mais tu n’étais pas là.
Je m’inquiétais pour toi.
Ne me fais plus attendre comme ça :
on ne sait pas de quoi est capable la douleur.
Même mot, autre ton : le suivant le crie sans détour.
Horreur : un poème sur la souffrance qui s’accroche à l’âme
Une poésie sombre qui dit la peur de sombrer, mais qui garde au dernier vers une lueur.
Horreur
Résurrection purulente
des symptômes qui me hantent,
je souffre comme je suppure,à la frontière de l’impur.
— Ruddy
Je me blesse l’âme comme le corps.
Mieux vaudrait être mort,
enterré et en paix,
plutôt que souffrir à jamais
sous le Soleil froid ou la Lune.
Mes sensations se meurent une à une
comme tableau taché de sang,
ma vie est tentée par Satan.
Je sens que je sombre dans la haine,
poussé par l’indicible peine
qui me paralyse chaque jour,
mais au loin surgit une lueur d’amour…
Cette lueur au dernier vers ouvre la suite : d’autres voix disent « je suis là » et demandent qu’on les écoute.
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