Quand l’amour fait mal : 176 poèmes sur la douleur du cœur
Sommaire :
Parodie d’un poème lunaire : un poème sur la désillusion après l’enchantement
Un poème satirique où l’amant renie la lune qu’il adorait, devenue vieille déesse aux cheveux blancs.
Parodie d’un poème lunaire
Lorsque, noyé, je descends
les cascades de la chevelure
de tes yeux, je me repensde toi. Pendue à mon allure,
— Hassan Ouled Alla
tu triomphais dans ta conquête
parmi toutes les filles de Diane :
ton filet, jadis gouffre diaphane,
m’emprisonnait. Ô coquette !
Je te profane et te renie puisque
ton charme s’est dissipé soudainement,
tel l’effet d’un philtre magique.
Tu es seule dans ton recueillement,
ô vieille déesse aux cheveux blancs !
Tu es laide ! Ta face est entichée de rides !
Tes lèvres jaspées laissent transparaître
les dards reptiliens et une langue verdâtre.
Tu bruis ! Veux-tu conter tes récits sordides ?
Désolé ! Aurore, déesse aux doigts de houx bleus,
annonce ton rival au diadème de feu.
Après la désillusion pleine d’ironie, le poème suivant dit la même colère en des termes beaucoup plus crus.
Amer rouleau de printemps : un poème violent sur la rupture et la rage
Un texte cru, sans filtre, écrit dans un train entre Avignon et Paris : la rupture y devient une rage que rien n’apaise.
Amer rouleau de printemps
Jure que la lumière est née par ta venue :
je suis aveugle depuis notre dernière rencontre !
À présent tout semble vide et incongru,pire, je dédaigne ce que tes pâles rivales démontrent.
Ce midi-là, une impériale apparition blanche et kaki
a détruit méthodiquement ma pucelle rétine.
De mes sens, ça y est ! Je suis ouvertement démuni,
comme de la saveur de futures escapades coquines.Quelle merde ! Tu as tué à même le cocon
ma propension à être excité par ton odeur.
Et échanger quoi ? L’inutile prolongement de ma passion,
exhorté par ma jugulaire comme souvenir de ta candeur !Foutaises… Mais qui t’a permis aujourd’hui d’avorter
un malheur diffus que j’enviais aux psychotiques,
pour le tourner en cette dernière danse rigide et bâclée,
avec comme métronome ce tas d’âneries mélodramatiques ?Après tout, puisqu’on aime dévorer ce qu’on expulse,
inconsciemment j’ai dû lutter pour cette condamnation.
Oh, joie ! Oh, urinoir ! Mais, à l’idée de ton carême, je convulse.
Honneur lâche, de mon amour je fuis ton absolution !Vivre sans toi, voilà que tout est vidé de son sens…
Alors que cette putain de moi n’est pas vidée de son sang…
Alors que chaque neurone lancine amoureusement ton absence…
Au fur et à morsure que, maso, je grince des dents !Acculé au caniveau, tel ces sales chiots bâtards,
je ronge la rage en expirant ma cannabistique fumée blanche.
Hier, en éclipsant le soleil, je suis mort sous ton regard.
Depuis, baigne dans la haine de ton image, mon cœur étanche !28/09/05, 19 h 12 – entre Avignon et Paris –
— Grégory
Le calme revient avec le poème suivant, d’une simplicité presque enfantine, sur la trahison d’une meilleure amie.
C’était ma meilleure amie : un poème sur la trahison d’une amitié et d’un amour
Une histoire racontée sans fioritures : une jeune fille heureuse, un garçon, et une meilleure amie qui arrive.
C’était ma meilleure amie
J’étais très heureuse avec lui,
il était pour moi l’amour de ma vie.
J’étais persuadée qu’il m’aimait,lui aussi, à la folie.
— Macha
On s’aimait, on se le disait,
tout était parfait.
On s’aimait avec tant de respect.
Il me gâtait de fleurs, il me promettait,
chaque jour et nuit, le bonheur.
Ces mots d’amour venaient sincèrement du cœur.
Je croyais tellement à notre amour,
jusqu’au malheureux jour
où ma meilleure amie
est arrivée dans sa vie.
L’amour de ma vie s’est enfui,
l’amour de ma vie est parti
avec ma meilleure amie.
Là où ce poème est simple, le suivant convoque Vénus et Némésis pour dire la même trahison.
Invida sed vacua III : un poème sur la jalousie et le désir de vengeance
Vénus d’un côté, Némésis de l’autre : une jeune femme, trahie, hésite entre l’amour et la vengeance.
Invida sed vacua III
Vénus et Némésis
Nocturne Némésis, princesse de la Nuit,
dans l’ombre ton œil rouge, tel un spectre, luit,
m’ordonne la vengeance pour laver mon front
plein d’amour haineux pour la perfide liaison.Belle Vénus, souple déesse aimée, louée,
que me diras-tu ? Où est-elle, la beauté
d’un amour partagé ? Plus seule que jamais,
noyée dans les larmes de celui que j’aimais…Mais elle me ment, la déesse vengeresse :
où mèneront toutes ces passions pécheresses ?
Verrai-je un jour tout ce qu’il me refusait hier ?
Némésis, n’es-tu pas une douce chimère ?Et toi, Vénus, crois-tu créer l’amour sadique
lorsque tu m’exposes à leurs ébats sporadiques ?
Tu dis d’aimer ; mais qui ? Lequel dois-je adorer ?
Veux-tu me détruire, moi, l’amante ignorée ?Que Vénus brûle, et tout son amour avec elle !
Peur, romantisme et langueur en elle se mêlent,
je maudis la femme qui un jour s’est crue belle,
les flèches de Cupidon se font trop cruelles !Qu’on mette à mort la fillette du sacrifice !
Son corps, son être sont par mille fois trop lisses !
Elle sera de la tragédie catharsis
pour avoir blasphémé la noire Némésis !Pour ****** et *******, si seulement je n’avais pas honte de vous dédier un poème qui me tient tant à cœur, à vous, couple superficiel…
— Kaya
Le poème suivant joue sur une corde plus simple : une supplique, un « reste », puis un « va-t’en ».
Non, ne t’en va pas : un poème pour supplier celui qui part
Les mots de celle qui supplie, puis qui accepte, en s’accusant d’avoir trop aimé.
Non, ne t’en vas pas
Non,
ne t’en va pas,
s’il te plaît, ne me quitte pas,reste,
reste auprès de moi,
qu’est-ce que je vais faire, moi,
sans toi ?
Si tu n’es plus là ?Tu pourrais me laisser une chance,
une chance d’effacer les erreurs que j’ai causées,
tu pourrais au moins réfléchir,
réfléchir sur le fait que tu me fais vraiment souffrir…Tu pourrais écouter ton cœur
pour te mettre à ma place et ressentir tout mon malheur,
tu pourrais me regarder,
regarder toutes les larmes qui sont en train de couler…Tu pourrais simplement me dire que tu croyais aussi fort que moi en notre histoire,
que tu ne pensais pas que ça finirait comme ça,
que tu m’as réellement aimée,
et que ton intention n’était pas de me faire autant déprimer…D’accord,
je vois que c’est vraiment ce que tu veux,
alors, va-t’en,
quitte-moi,
ne reste pas,
ne reste pas auprès de moi,
à ce que je vois, je suis de trop,
je t’ai étouffé,
j’ai trop insisté,
j’avais tort,
j’ai eu tort de t’aimer trop fort,
alors je te dis : « Pars au loin »,
« pars au loin dans un monde incertain »…Catherine – Personne ne veut me quitter, ce n’est qu’une histoire !
— Catherine P.
Entre celle qui supplie et celui qui danse, le poème suivant oppose deux façons de vivre.
Contraste : un poème sur deux personnes qui ne se ressemblent pas
Lui est la chaleur, elle est le froid : un poème en miroir sur un couple qui n’a pas pu fonctionner.
Contraste
Je suis le roi de la fête, dansant,
toi, tu restes cloîtrée, coincée sur ton divan.Le soir, à peine rejoins-je l’ami Morphée
que toi, vaillante, tu l’as déjà quitté.Ta maison est une clinique aseptisée,
ma chambre est un antre à peine rangé.
J’aime bien vivre, m’épanouir et m’étaler,
toi, bien sûr, tu veux surtout ne rien voir traîner.J’ai une frêle fibre sensible : myocarde.
Toi, derrière les affres de la réalité,
les rêves poétiques tu as laissés de côté,
mon romantisme effraie ta moue si maussade,brisée par les lagunes de l’amertume.
J’aurais voulu ôter ta dentelle de brume,
mais les pieds n’auraient pas décollé de ton sol :
ton passé trop lourd a empêché notre envol.Je suis la chaleur, tu es le froid de l’hiver,
je suis la douceur, toi la dureté du fer,
je suis l’espoir, toi la peur et le désespoir.
On a eu raison de se dire « au revoir ».L’alchimie n’aurait eu lieu que dans le rêve,
j’aurais dû m’y faire avant que cela me crève.2.5.4
— Lionel Daigremont
Après ce couple qui s’oppose, un poème violent sur la haine que l’on ressent pour celui qu’on aime.
Distorsions : un poème sur l’amour qui tourne à la vengeance
Un souvenir de tendresse qui bascule en fantasme de vengeance : un poème bref, noir, volontairement troublant.
Distorsions
Tu étais couché, nu, beau,
mes doigts sur tes yeux,
ta peau.J’aimais caresser le temps,
sentir passer ton sang.Ta douleur était vaine,
mes idées reines.
Vengeance à couteaux
sur ton corps de salaud.Oui, bien sûr… rêves, anathèmes.
— Eric Rossini
Mais pâles images à demi,
je t’aime, t’aime tant, t’aime.
Mais si tu me trahis… songes-y.
À la violence de ce texte répond un autre, plus calme, qui parle d’une source où l’on boit jusqu’à se perdre.
La source du condamné : un poème sur l’amour qui mène à la perte
Un condamné qui a bu à la source de l’amour et qui n’a pas pu s’arrêter : un poème noir, à la forme classique.
La source du condamné
Donne-moi une aire invisible
où je viendrais me crasher,
montre-moi quelle est ma cible
qu’enfin je puisse viser.Lance au ciel mes profondes peurs,
qu’une à une je viendrais tirer.
Regarde donc aussi l’heure :
à minuit je me serai tué.Je déambule dans ce gouffre
comme un saltimbanque effronté.
Peu m’importe si je souffre :
l’essentiel est bien d’aimer ?Jusqu’à la fin et sans relâche,
à se perdre, à se noyer,
d’avoir bu à cette source,
j’en suis bien le condamné.Tu ondoies de tes reflets obscurs,
— Alexein
submergé par tant de souffrances.
Crois-tu l’Amour toujours aussi pur
lorsqu’il présage la déchéance ?
De la source de l’amour, on passe à sa mort, avec la valse d’un cœur qui perd la mesure.
La mort de l’Amor : un poème sur la fin d’un amour comme une valse brisée
Une danse, une étreinte, une valse au rythme du tambour, puis la lente érosion du temps.
La mort de l’Amor
Te prendre la main et danser sur nos cœurs,
laisser nos yeux flirter et nos corps s’embraser
d’envie,suspendre une seconde afin d’y sceller nos vies,
faire de cette étreinte un écrin afin d’y poser notre amour,
et de nos vies une valse au rythme du tambour
dont nos cœurs sont les basses et nos vies le cortège.… Puis… laisser les vagues du temps éroder cette éternité,
briser ce diamant, couper cette musique et brûler cette cité,mais tendre la main pour un adieu à l’amour et son cortège,
— Valentin Sauvage
un bonjour à l’espoir, à la haine, à la folie, et pleurer de bonheur.
Après la valse, le poème suivant s’attarde sur la routine, cette ennemie douce des couples.
L’amour et ses tourments : un poème sur la routine et la douleur d’avoir perdu l’autre
Deux mouvements dans ce poème : l’amour comme le plus beau sentiment du monde, puis la douleur de voir l’autre choisir quelqu’un d’autre.
L’amour et ses tourments
La vie n’est pas faite pour qu’on soit seul :
au contraire, être deux, c’est ce que les êtres veulent.
Mais bien souvent, après le bonheur d’être à deux,on souffre, car on a beau être amoureux,
une chose tue tout bonheur : c’est la
routine, car on se lasse de se surprendre, de se prendre dans les bras.
L’amour, c’est la plus belle chose sur cette terre,
aimez, et vous ne me direz pas le contraire,
même si c’est dur de le trouver.
On a parfois beaucoup de mal à le garder.
Un regard parfois suffit pour
rougir et savoir que c’est pour la vie.C’est pour toi que je compose ces quelques mots,
— Liloo
pour te dire que, pour moi, rien n’a jamais été si beau.
Je voulais tout faire pour te garder,
mais bon, ton cœur, je ne pouvais le briser,
car elle le tient et ne compte pas le laisser.
Elle a raison et elle a tort :
car, pour elle, c’est son bonheur
et, pour moi, ce n’est que douleur.
Mais elle ne le sait pas,
et même si elle le savait, qu’est-ce que ça lui ferait…
Aux tourments de la routine, le poème suivant oppose ceux de l’incertitude : qui, de nous deux, a fait le premier pas ?
Passager clandestin : un poème sur l’amour qui passe sans s’arrêter
Un homme qui passe comme une étoile filante dans un ciel nuageux : le poème dit l’amour fantôme, sans papiers.
Passager clandestin
Un sourire.
Mais de qui viennent tous ces gestes ?
De moi ou de toi ?Je ne sais plus vraiment.
J’ai eu l’impression de tout faire,
j’espère que je me trompe.
Tu es passé si vite,
et maintenant je ne sais plus que penser.
Juste, ça recommence comme avec tous les autres.C’est comme une étoile filante qui envahit mon ciel nuageux.
Oh oui, tu sais, il est nuageux.
C’est comme une voiture qui roule trop vite et que l’on ne peut voir clairement,
c’est comme une ligne mal imprimée dans un journal quotidien,
comme un avion, un train
qui aurait, sur le quai de mon cœur, déposé
un passager clandestin.Et tout cela recommence,
la foudre s’abat sur moi
et je ne peux résister à l’envie de me faire brûler.
Ça procure tant de plaisir,
mais ça déchire,
car peut-être ne te souviens-tu plus de cet orage.Je suis si bête et je me sens idiote.
Comment puis-je croire que, dans ton monde, l’orage a grondé de la même manière que dans le mien ?
Qu’importe : ton visage soudain revient
et j’oublie tout.
J’ai envie de ne penser à rien,
ou plutôt à rien sauf toi.
C’est quand même pas normal.
Suis-je folle ?
Après tout, tu n’es qu’un homme sur le quai de mon cœur,
sans papiers, sans intérieur,
juste un visage au loin,
un passager clandestin.
Après l’amour clandestin, le poème suivant parle de ceux qui tombent dans le piège sans pouvoir en sortir.
L’amour est un piège : un poème sur la peur de retomber amoureux
Tomber amoureux, c’est tomber dans un piège : un poème sans illusions sur la façon dont l’amour nous aveugle.
L’amour est un piège
On tombe amoureux comme on tombe dans un piège,
puis soudain l’étau se resserre et ne nous laisse guérir.
On se croit tellement victime de magie, de sortilègesqu’on voudrait bien se laisser sombrer, emporter, envahir,
atteint par ces émotions mélangées qui font qu’on est si bien.
Mais ce n’est que la surface, et si on gratte un peu en profondeur,
on peut découvrir l’horrible réalité et la souffrance qui vient
après que le charme est dissipé et que se perdent les couleurs !L’amour est vraiment pareil à un piège dangereux et aveuglant,
qui ne nous permet en aucun cas d’agir en toute lucidité,
ni ne nous permet de partir et de guérir tout simplement
sans nous laisser un arrière-goût amer et un cœur brisé !Oui ! Tomber amoureux, c’est pareil à tomber dans un piège,
— Sylvie LHoir Crysta
le pire, c’est que nous ne pouvons rien faire pour contrer ça,
nous sommes condamnés à retomber dans l’éternel piège
que la vie, depuis toujours et jusqu’à la fin des temps, nous tendra !
Piégée par l’amour, une voix de femme avoue dans le poème suivant n’avoir pas osé dire « je t’aime ».
Je ne lui ai pas dit : un poème sur l’amour qu’on n’ose pas avouer
Une jeune femme qui n’a pas osé dire « je t’aime » à un ami, et qui s’indigne du jugement des autres.
Je ne lui ai pas dit
Je ne lui ai pas dit
« je t’aime » à cet ami
car mon cœur a de la peine,car celui qu’il aime
est loin de mon pays.
Mais je l’aime,malgré des malentendus
dans la virtualité ou la réalité.
Moi, je reste équilibrée,
j’ai envie de vous le crier,
et aussi, comme c’est dommage,
que les gens ne le comprennent pas.Je ne suis pas à vendre ni un trophée.
En réalité, je veux être aimée.
Déjà je sens que, malgré moi,
personne ne me croit.Alors, je me suis décidée :
personne ne saura plus la vérité.
Au diable tous vos jugements,
je filerai et tresserai mon chemin
avec ou sans amitié.
Dommage, car j’ai tant aimé.Si j’ai encore un ami qui est là,
eh bien, j’espère qu’il me reviendra,
car moi, je ne sais plus.
On ne peut plus dire « je t’aime »
comme on veut ! Quand on veut !
À qui on veut !Sans pour cela me faire sentir
que je suis une femme facile.
Pourtant, il n’y a rien que j’aie fait
que je puisse me reprocher,
et comme je fus sincère
avec mon cœur plein d’amour,
je n’ai jamais été autant insultée et humiliée !8 février 2003
— Normande Dallaire
À cette douleur de n’avoir rien dit répond celle du doute, quand on croit tout savoir sur l’autre.
On croit toujours tout savoir : un texte sur le doute et la peur de perdre
Un texte en prose, brut, écrit au moment même du doute : l’amour a existé, mais existe-t-il encore ?
On croit toujours tout savoir…
On croit toujours tout savoir, tout savoir sur les gens, tout savoir sur tout. Et puis un beau jour, où l’on avait réappris à croire aux contes de fées, survient de nulle part un sentiment de surprise, d’étonnement. Alors oui, l’amour a existé, mais existe-t-il toujours ?
En ce moment, je doute, ne serait-ce que pour une engueulade ! L’amour fait douter, comme la rage fait vaincre… Je dois avouer que ce sentiment fait mal. Croire tout savoir, et puis ne plus rien savoir du tout ?! J’ai pleuré pour essayer d’évacuer, mais cette chose en moi est toujours là ! N’est-il pas normal de se poser des questions quand ce genre de choses arrive ? Parfois, j’aimerais tellement ne plus faire partie de ce monde ! Sans ça, je serais tellement mieux ! Les gens qui nous entourent et que l’on pense qu’ils nous aiment nous détruisent petit à petit, comme une fleur à laquelle on ne donne plus d’eau.
Souvent, je me suis répété : « À quoi bon continuer à vivre ? » Puis on s’est retrouvés, et là je me suis souvenue que peut-être l’amour existe encore… Mais soudain, c’est comme si on m’enlevait mon bonheur : donner et reprendre, c’est ce que je vis en ce moment ! De toute façon, que pourrais-je vivre d’autre ? Je me sens si seule et si perdue que j’en oublie même de manger. Chaque heure qui passe sans nouvelle de toi m’angoisse encore plus à penser que, pour nous deux, le terme « rupture » est à apprivoiser ! Mais pourquoi faut-il que nous en arrivions là ?
J’espère profondément que tu vas te connecter, car j’ai vraiment besoin de toi ! Moi sans toi, ça n’existe pas, alors ne me trahis pas, ou tu me tueras… Je t’aime à jamais, ne l’oublie pas !
— Amélie
Au doute exprimé en prose répond une série de désirs de vengeance sous forme de dessins et de marques.
J’aimerais : un poème sur les marques que laisse l’amour
Une liste de souhaits qui dit tout ce que l’on voudrait faire comprendre à celui qui a fait du mal.
J’aimerais
J’aimerais dessiner sur ton corps
toutes ces souffrances, tous ces
efforts,tous ces mots qu’on ne s’est jamais dits,
toutes ces craintes lorsque tombe la nuit.J’aimerais graver sur ta peau
tout le mal que tu m’as fait,
toutes ces larmes, tous ces sanglots
quand je croyais que tu m’aimais.J’aimerais imprimer sur ton cœur
ce qu’on ressent quand il se brise,
ces semblants de bonheur
pendant que toi, tu me méprises.J’aimerais marquer dans tes yeux
ce qu’on lit dans les miens,
tous les gestes malheureux
de ces promesses qui attendaient demain.J’aimerais que tu regardes enfin
sur moi la trace de tes poings,
les cicatrices jamais fermées
de mes espoirs écartelés.J’aimerais que tu m’abandonnes,
que tu m’arraches à mon sort
pour qu’enfin je me pardonne
la certitude de t’aimer encore.10.02.2003
— Aurore du Matin
Aux souhaits de la vengeance répondent les épines d’un rosier qui boit les larmes de l’aube.
Douleurs : un poème sur l’amour qui se fige entre roses et épines
Deux soleils, deux roses, un ciel voûté : l’amour devient image, puis souvenir.
Douleurs
Sous un ciel qui marche voûté,
la double hélice d’un rosier
boit les larmes de l’aube.Adoubement de fleur qui penche vers soi-même,
étreintes éclatées d’ineffables langueurs
qui plongent ma stupeur dans les rides du sol.
Deux soleils s’éteignirent, une ombre les comprend.
Deux roses s’enlacèrent au vertige du rêve.
Je parlerai longtemps des élans disparus,
dont il reste un nuage avalé par le vent ;
je chercherai longtemps, à tous les coins de rue,
assis, éperdument, sur la flèche du temps.
Geste du cri muet de douleurs prisonnières,
ton mouvement s’est tu.
La double hélice d’un amour qui se fige
pour mieux scintiller.
Dans un ciel qui marche voûté,
deux soleils s’étreignirent aux lisières du rêve,
deux roses se lacérèrent aux épines du temps.04/2003
— Jean-Marin Serre
Une autre image du cœur pris entre deux feux, avec cette fois deux hommes et une jeune femme qui ne sait pas choisir.
Mon cœur balance : un poème sur la jeune fille qui ne sait pas choisir
Deux garçons, un seul cœur, et une peur de grandir qui l’emporte sur tout le reste.
Mon cœur balance
Il me regarde,
je détourne les yeux.
Pour lui, je suis l’échardequi le fait souffrir en disant « tant mieux ».
Je ne veux pas l’aimer,
mais c’est dur de résister.
Je suis folle d’un autre,
je garde l’espoir qu’il arrive à me faire changer d’avis, c’est pas ma faute !J’ai envie de partir comme une garce,
me tromper de wagon et revenir quoi que je fasse.Je cours et cours encore,
je ne sais plus lequel j’adore.
Mon cœur est partagé,
il est en train d’être endommagé.
Je suis toute à mon amour secret,
mais j’ai des sentiments pour celui qui ne cesse de me harceler.
Je ne sais plus quoi faire :
devenir poussière ?J’ai envie de partir comme une garce,
me tromper de wagon et revenir quoi que je fasse.Je fuis.
J’ai si peur d’assumer la vie.
Je ne suis qu’une gamine,
je pleure, je suis pour lui l’épine.
Il me veut pour lui toute seule,
sans raison je lui fais la gueule.
C’est comme si la foule me criait :
« Go, il faut se lancer ! »J’ai envie de partir comme une garce,
me tromper de wagon et revenir quoi que je fasse.Je ne suis pas assez bien pour eux,
je les respecte tous les deux.
Il faut que je parte loin
pour qu’il m’oublie enfin.
L’un est dingue de moi,
l’autre me dit un mot tous les mois !
Tout est confus, et si je faisais le mauvais choix ?
Je m’endors en espérant ne jamais me réveiller.
Je ne sais plus lequel aimer.J’ai envie de partir comme une garce,
— Lis Noir
me tromper de wagon et revenir quoi que je fasse.
Après l’indécision, un poème sur celui qui se sent coupable d’aimer et se fait condamner pour cela.
Coupable d’amour : un poème sur l’innocence qui plaide sa cause
Un amant qui plaide son innocence devant celle qui l’a condamné, dans des quatrains aux rimes soignées.
Coupable d’amour
Ô ma mie ! Enrouée, lacérée, dolente est ma voix
aux creux profonds de mon absence en ton cœur.Et sous le fil du couperet de tes mots, mes émois
succombent dans l’ombre de mes mots en pleurs.Je suis, enfin, devenu si peu de chose à tes yeux,
et tu as rempli ton fiel de vertigineuses ténèbres
quand mon âme a emprunté un chemin pluvieux
dans l’espoir poignant de fuir une brume funèbre.Écoute mon innocence, regarde mes souffrances,
si jamais, à mon égard, tes jugements se rendent.
Car, sinon, un puits nocturne sera mon existence
où, chaque soir, les étoiles se verront immondes.Que pourrait donc ma toute frêle et sincère défense
— Azeddine Moubtassim
contre ton habile art d’annihiler mes témoignages,
si tu prenais mon fiévreux amour pour une offense
et qui, en l’occurrence, me condamnerait davantage ?
L’amour coupable appelle sa propre défense : dans le poème suivant, un seul mot suffit à tout dire : « Laisse ».
Laisse : un poème sur l’amour qui continue malgré la douleur
Un seul mot qui revient, en miroir : laisse l’amour partir, ou laisse-moi t’aimer.
Laisse
Laisse le temps recouvrir
de sa poussière ta vie,
laisse l’amour partirde ton âme ensevelie.
Laisse, laisse, il n’y a plus d’envie.
Laisse, laisse, écoute ma supplique,
rejoins cet endroit de calvaire
et trouve-toi une place en enfer…Mais qu’est-ce que j’implore là ?
L’enfer, c’est déjà ma vie.
Je ne laisse rien, je ne laisse pas.D’amour, je n’en serai jamais las
tant que je suis avec toi.
De douleurs, tu effaceras,
ton regard illumine ma foi…… En toi, mon amie pour la vie,
— Christ.
en moi, je n’ai plus qu’à souffrir.
Pour autant, l’enfer est ma vie
et je l’accepte avec plaisir…
Le dernier poème de cette page ne cherche plus à convaincre : il avance sous un masque, sans espoir de réveil.
L’imposture : un texte sur le rêve d’un amour qui disparaît au réveil
Un long texte en prose poétique : celui d’une dormeuse qui retrouve l’être aimé en rêve, puis le perd au réveil.
L’imposture
Le réveil a capturé le dernier spasme.
Tu étais là, plus vivante que jamais, éprise de ton indifférence souriante, et ta chaleur redevenait vie. J’aurais tout donné, moi, tranchée au vif de l’écorce, pour faire retentir encore un peu de sève dans la pluie de mes précipitations. Je t’ai rêvée, vécue, aimée comme personne, comme aucune déstructuration, comme aucune fille, comme aucun homme, jusqu’au dernier sang de mes angoisses. Reine, j’aurais édifié des cathédrales, des fortifications de chairs, fendu mon dos en trône. Je t’ai promis l’oubli, et je tiendrai parole, car moi seule ai entendu ta voix intestine, et tu as vu l’appel de mes tristes démonstrations.
Mais le cycle reprend ses angles insoumis quand le réveil m’arrache. Pourquoi les yeux sont-ils les derniers yeux, pourquoi les mains sont-elles les dernières mains ? Pourquoi seul mon cri inclassable fragilise-t-il la matière dense et inerte des souvenirs ? Pourquoi ? Tu étais là, et mon incompréhension ébahie de marcher enfin dans tes traces se fixait elle-même pour ne pas défaillir.
Mon chant éteint le devenir naissant de tes bras, la fertilité de tes expériences, mon sourire. Je me fracture. Depuis des années, je compte les miettes éparses de ce que je refuse, du réel si conscient du griffé de ses ronces. Pourtant, l’appel : dernier assaut. Je te succède dans une fuite, une collation de mes veines. Je suis un non-sens, une piqûre grouillante, une avancée tellurique dans le néant. Je suis ton reflet, ton pâle reflet qui s’observe du coin le plus courbe du sourcil et attend le moment propice, propice à des déchaînements baveux pour s’isoler dans ses blessures et retrouver sa primitivité.
Alors, face au trop-plein de ton nom, je me laisse étouffer. Je n’ai plus d’autre présent, mon imagination crève, explose en écailles ardentes. Je te parle déjà d’ailleurs, de l’inépuisable valse, de là-bas dont tu ne sais rien. De là où l’espace creuse de ses mandibules le vide d’un tronc.
S’il nous reste un danger, une perte, si une embûche peut encore fracturer nos divergences en un carrefour, recueille-moi dans ton ciel, fais de moi la déliquescence. Ta fluide musicalité.
Ou mon grand piano noir prendra goût à la terre.
— Tamsit
On quitte avec lui les rêves pour retrouver, sur la page suivante, la rage crue d’un homme qui voudrait que l’autre disparaisse.
Magnifique et très émouvant