Quand l’amour fait mal : 176 poèmes sur la douleur du cœur

Poésie sur la douleur du cœur : une femme mélancolique face à la mer au coucher du soleil, symbole d’un amour qui fait mal.

Sommaire :

Déchirure : un poème sur un baiser qui a tout détruit

Un simple baiser donné à quelqu’un d’autre suffit à réduire un amour à néant. Le poème raconte cette chute avec une grande retenue.

Déchirure

Elle restait là, éperdue,
un chagrin posé sur son cœur ;

tant de souvenirs en cohue
revenaient à travers ses pleurs.
Hier encor’, dans leurs élans,
la pudeur n’était pas de mise,
aujourd’hui, pour une bêtise,
la vie cessait en un instant.

Il n’avait fallu qu’un moment,
rien qu’une fraction de seconde,
pour réduire l’amour à néant
et bouleverser tout son monde.
Ce baiser donné à un homme,
un passe-temps sans importance,
même pas l’histoire de la pomme,
avait déclenché la souffrance.

Pourtant, elle l’aimait toujours,
la vie n’existait plus sans elle,
c’était un grand champ sans labour,
le printemps sans une hirondelle.
Sa peau voulait encor’ sa peau,
sous ses mains, sa bouche fiévreuse,
oui, elle rêvait d’instants très beaux,
mais Lesbos n’est pas partageuse.

Après la déchirure, la confusion : celle d’une jeune femme qui ne sait pas si elle est aimée.

Confusion : un poème sur l’amour qui chamboule et laisse sans réponse

« M’aime-t-il ou non ? » La question tourne en boucle dans la tête d’une jeune femme qui n’en peut plus des sentiments mitigés.

Confusion

Charmeur tout autant que tombeur,
il s’incruste et pénètre mon cœur
sans aucune permission ni aucun préavis.

Il s’impose et chamboule toute ma vie
et me désarme de tout pouvoir
d’échapper à mon désespoir.
M’aime-t-il ou non, telle est la question.
Alors, mérite-t-elle vraiment réflexion ?
M’a-t-il remarquée comme je l’ai remarqué ?
M’a-t-il admirée tel que, moi, je l’ai fait ?
Marre des paradoxes et des sentiments mitigés !
Marre de me sentir toujours désorientée !
Qu’il lâche mon pauvre cœur et qu’il lui rende sa liberté !
Mon cœur, cette rose sur le point de faner.
Seigneur, aidez-moi à trouver réconfort
dans ce monde où raison se confond avec tort.

Après la confusion, un homme dépose les armes, vaincu mais toujours fou d’amour.

Au fond : un poème sur la fatigue d’aimer à mort

Un vampire desséché qui réchauffe sa fragile anémie aux rayons des yeux de l’autre : un poème noir, mais raffiné.

Au fond

Je suis las et vaincu, je dépose les armes ;
de la haine d’antan ne reste que le
goût

amer. Et sans couleur, sous ma peau de momie,
le sang fige en caillots pâles teintés de parme.

Je sens que la santé a quitté mon esprit,
le mal de ton sourire est une épidémie.
Fou j’étais, fou je suis et je resterai fou,
mais la vie de mon corps s’échappe à te revoir.

Vampire desséché, aux rayons de tes yeux
je réchauffe en tremblant ma fragile anémie,
évitant du soleil la trop forte chaleur.

La fadeur me submerge au début de l’aurore ;
pour ne pas me blesser, je m’entoure d’ouate
et prépare du monde un départ insonore.

— Admirateur Secret

Après cette fatigue, un poème qui joue sur les mots : « j’arrête », mais sans jamais arrêter.

Arrête : un poème sur l’envie de s’arrêter de souffrir

Un poème construit sur un jeu de sons : « mal », « pas », « pas à pas ». Le vers se répète comme une rengaine.

Arrête

J’arrête, laisse-moi en mal
de toi. Tu me sauveras
pas.

J’arrête de me faire mal :
mené, tu conduis mes pas.
J’arrête d’être tout en mal :
façon, tu as déjà fait le pas.
J’arrête, je ne change pas :
sage, tu ne te fâcheras pas.
J’arrête, je suis encore mal :
traité, tu signes sur le pas.
J’arrête, fou de se donner mal :
heure, tu ne recules pas à pas.
J’arrête, tant bien que mal :
aimé, tu es mon amie ou pas ?

— Christ.

Pour arrêter de souffrir, il faut parfois éviter de trop s’approcher, comme le raconte le poème du porc-épic.

Le Dilemme du porc-épic : un poème sur la distance juste en amour

Trop près, on se pique ; trop loin, on gèle. Un poème inspiré d’une célèbre parabole de Schopenhauer.

Le Dilemme du porc-épic

Caresser la bête du doigt
et laisser échapper une goutte,
c’est déjà un peu de soi
qui saigne la déroute.

Quand soudain l’hiver s’épand
sur la vallée immaculée,
les pics deviennent aimants
à trop s’agglutiner.

Rechercher la chaleur animale
sans piquer le cœur du prochain,
voilà l’infernale spirale,
la position sans lendemain.

Se rapprocher d’un amour caustique,
c’est le dilemme du porc-épic :
trop près pour être blessé,
trop loin et mourir glacé…

Inspiré de la parabole du porc-épic de Schopenhauer.

— Alexein

Après ce dilemme, le poète raconte sa nuit, à l’heure où l’insomnie approche.

Minuit dix : un poème sur l’insomnie des amoureux

À minuit dix, l’heure de l’insomnie approche. Le poète cherche ses mots, et sa douleur trouve les siens.

Minuit dix

L’heure de l’insomnie approche
et pourtant mes sourires ne viennent pas.
Je respire enfin, quelques brides en poche

pour tenir mon venin loin de faire des miennes.
J’aimerais, pendant ces vers, contempler la fin
d’instants privilégiés, vos yeux sous une quête,
en fuite ou approchant un tendre dessin,
celui d’accoster en vain votre doux poète.
J’aurais voulu briser l’éphémère tardif,
celui qui borde les cyprès et les ifs,
chancelant sous une pluie de rivages,
ceux qui chevauchent mon cœur un peu trop sage.
Versez larmes sans fin sur la mort des passions,
elles raviveront l’écrin rouillé de déraison,
celui de l’amour, de la haine, sentiments :
mon cœur est un vautour loin d’être charmant.

— Loïc Piton

Après la nuit, une mélodie mélancolique, adressée à quelqu’un qui n’arrive pas à chasser sa haine.

Mélodie mélancolique : un poème pour choisir l’amour plutôt que la haine

Un poème qui s’adresse à quelqu’un de blessé et qui lui propose de choisir l’amour comme étendard.

Mélodie mélancolique

Toi qui n’aimes que le sang
d’une étoile qui passe sous le
vent,

oh, laisse cette peur s’envoler
dans le sillon d’un baiser.

Écoute le chant de ce cœur
qui palpite pour ton bonheur,
écrasé par le poids de la rancœur,
enseveli de chagrin par tes pleurs.

Regarde cette haine qui t’emmène
dans le fossé des ténèbres ;
choisir l’amour comme étendard suprême
libère cette peine qui souille tes rêves.

À la croisée des chemins,
à l’aurore du temps qui s’efface,
l’espoir nous guide, tout serein,
dans la pénombre qui se prélasse.

— Armel Folgoas

Choisir l’amour demande du courage, surtout quand on se sent rejeté, comme dans le poème suivant.

Rejet : un poème sur un amour que l’on n’ose pas avouer

Un amour interdit, que l’on garde pour soi, et dont on meurt un peu chaque jour.

Rejet

Je suis seule,
seule avec moi-même,
seule avec ton souvenir.

J’ai mal,
mais tu n’en sais rien,
tu n’en sauras jamais rien.
Mon amour pour toi est sale,
il est interdit,
et pourtant je t’aime.

Je ne crois pas que l’amour
puisse être sale :
rien n’est plus pur que l’amour,
rien n’est plus vrai, ni moins feint
que l’amour.
C’est un feu qui nous dévore
et nous ronge intérieurement.

Si tu le connaissais,
tu le bannirais sans doute.
Alors je me tais,
je le garde en moi,
et je meurs un peu plus
chaque jour.

Après un amour tu, un autre poème sur celui qui n’a pas su rester fidèle.

Oubliée : un court poème sur la confiance trahie

Quelques lignes, tout est dit : j’ai souffert, j’ai trop fait confiance, je n’oublierai pas.

Oubliée

Je souffre, je souffre, je souffre,
mais je tiendrai le coup.
Je t’ai trop fait confiance

et malgré tout,
tu n’as pas su renoncer à tes instincts de charmeur.
Tu as pensé me le cacher
et tu m’as fait passer pour une conne, moi qui t’aimais.
Je n’oublierai jamais tout le mal que tu m’as fait.

De la confiance trahie, on passe à la question inverse : que reste-t-il de l’amour quand on ne se voit plus qu’à travers soi ?

Amour, quand tu me tiens : un poème sur l’amour de soi qui s’invite dans le couple

« Je t’aime, tu m’aimes, il s’aime » : un poème qui joue avec les pronoms pour dire qu’on aime d’abord soi-même.

Amour quand tu me tiens

Je t’aime,
tu m’aimes,
il s’aime.

Je m’aime, et ça,
et ça, c’est la seule,
seule vérité. On s’aime.

Mon reflet dans ton miroir,
ta présence pour moi,
ton absence qui manque à mon moi.

Couple facile, dérisoire, illusoire, comme tant,
tant et tant de gens ordinaires comme on ne le veut pas,
depuis tant et tant de temps comme on ne sait pas… quoi que.

Alors, ton « je t’aime » depuis vingt ans
ne me fait ni chaud ni froid.
J’y crois pas, évidemment.

Tu t’aimes, et ça,
et ça, c’est la seule,
seule vérité. On s’aime soi-même.

Je m’aime,
tu m’aimes,
elle m’aime.

Après ce jeu avec les pronoms, un autre poème s’attache à décrire une dépendance, sur le mode du rêve et de l’hallucination.

Paradoxe : un poème sur la dépendance et l’ivresse qui s’épuise

Un long poème sur un état second, entre ivresse et brûlure, qui s’achève sur un vers difficile.

Paradoxe

Goût ambré et vermeil
de la vie qui sommeille
et s’écoule amèrement

du corps de chair impuissant.

Liquide essentiel
d’un temps irréel
dont le flux vacillant
du trouble flottement

crée le brouillard imperceptible,
l’accoutumance imprévisible,
par le léger souffle réduit,
les doux battements ralentis :

myriade d’éblouissements,
échauffements étourdissants,
étoiles scintillantes,
plénitude apaisante,

bruissement de poésie,
constellation d’harmonie,
joie sacrée,
pleurs sucrés,

fluidité de l’air…
Chimère…
Rupture.
Véritable brûlure,

chaleur envahissante,
lumière si piquante
au rythme heurté ;
soupirs effrénés,

parfum blême,
peur extrême,
frissons éphémères,
horizon austère…

Filament grenat
de la vie en soi
qui s’extrait au sort
d’un cœur qui s’endort…

Plongée dans le vide obscur,
submergée par sa blessure,
la marée incandescente ;
coule l’écume glaçante ;

se déchaîne la vague d’émotions
mêlée aux brouillards d’hallucinations,
et le flot de souvenirs déferle
dans chacune de ces rouges perles

qui s’échappent de mes veines
et m’emportent vers l’Éden.

Du paradoxe, on passe à la contradiction, plus simple, d’une jeune femme qui aime sans connaître.

Contradiction : un poème sur l’amour qu’on ne comprend pas

Aimer un homme qu’on ne connaît pas vraiment, être heureuse et nerveuse à la fois : le poème dit cette ambivalence.

Contradiction

Nous sommes bien ensemble,
dès que je te vois, je tremble,
tant tu me rends nerveuse,
tant tu me rends heureuse.

Mais j’aime un homme que je ne connais pas :
quel est réellement ton toi ?
Je t’ai dévoilé mon moi réel,
pourquoi être envers moi si cruel ?

Tu es en apparence
calme et réservé, mais non,
malgré moi, je pense
que mon âme est en… contradiction.

Chaque soir, une question me torture,
mais le son de ta voix me rassure
et, en même temps, me fait peur :
j’en ai mal à l’intérieur.

M’aimes-tu réellement,
ou bien ne serait-ce qu’un peu ?
Ne serait-ce que pour un moment,
ou alors veux-tu vivre à deux ?

Pourquoi es-tu si méfiant ?
Tu es si tendre pourtant.
Je ressens une forte passion,
mon esprit est en contradiction.

De la contradiction du sentiment, on passe à celle des identités, dans un poème qui parle d’un couple de plume.

Âme Amante Amanite : un poème sur un couple de plume

Des baisers de papier, des caresses d’encre : un amour épistolaire qui rappelle Merteuil et Valmont.

Ame Amante Amanite

Baisers, papiers, caresses d’encre,
deux âmes se sont retrouvées,
blessées, morsures et sang

d’encre,
l’Amour idéalisé.

Tu te tais, tu te tues,
comme pour venger mes ratures.
Je le sais, je t’ai vue
envoler nos écritures.

Âme Amante Amanite,
nos amours platoniques,
planètes en collision,
une fille, un garçon,
étreintes épistolaires,
crève-cœur et jeux pervers
de Merteuil et Valmont,
nouvelle génération.

Jeux d’amour, jeux de guerre,
gémeaux maudits narcissiques,
jeux d’ombres et de lumières,
deux alter-égocentriques.

Un miroir inversé :
je me reconnais en toi,
nos secrets protégés,
tu ne te sais que par moi.

(À notre vieux couple…)

Après l’amour épistolaire, un poème sur les blessures invisibles que l’amour laisse comme des anges.

Anges : un poème sur la blessure invisible qui ne guérit pas

L’aile d’un ange effleure une joue : c’est la sensation la plus douce, et la blessure la plus profonde.

Anges

Un ange effleure une joue blanche
de son aile enivrante,
offrant la sensation la plus pure, la plus douce,

et pourtant imprimant la marque la plus profonde,
blessure invisible et pourtant plaie béante.

Blessure qui jamais ne guérit,
et dont on oublie parfois la douleur lancinante,
jusqu’à ce qu’à nouveau nous frappe la réminiscence de l’aile de l’Ange blanc.

Va-t-il ainsi, errant, l’ange tombé,
marquant les joues et enchaînant les âmes ?

Lui qui détient la clef de nos prisons,
lui qui connaît la solution,
lui qu’on espère infiniment,
comme on espère l’inespérable.
C’est Lui, l’Irréparable.

Après les anges, un poème qui joue sur les mots pour dire la même chose avec humour et amertume.

Ralentir ! Chute de pierres : un poème sur la fin d’un couple, entre humour et amertume

Un poème qui joue sur tous les clichés de la langue pour dire la fin d’un couple : bataille navale, loto, talk-show.

Ralentir! Chute de pierres !!

Je perds, je persiste,
je perds mes vers,
tu t’en vas, tu t’envoles.

Je t’envie.
On se désabuse, désamuse,
plus de miracles,
juste changer l’eau en vain.

Je cesse, tu cesses,
on s’esquinte
de tout, d’un rien.
Faites vos JE, branle-brelan, c’est full.
Je me fugace, tu fus garce,
j’suis dans la gaze,
c’est pas coton.

J’ai mes torts et j’adore
tes banderilles,
tes tours de passe-passe,
ton coup de grâce.
Que veux-tu comme trophée ?
Je suis déjà trop fait,
trop mûr dans le mur.

Tu te vaccines BCBG,
défies les modes,
tu me tailles un costume
cousu de fil blanc.
L’amour, c’est un ourlet
pour cacher les mauvais plis,
les pans déchirés.

On se chasse-croise,
puis on se diagonale
en mer d’Iroise :
bataille navale,
tu m’as touché-coulé,
tanné le cuir, assez de bateaux,
tes mots, pas que beaux, croisent hier.

On se talk-show le samedi
en prime-time.
Si je reste, tapez 1,
si je pars, tapez-moi dessus.
C’est la fin de nos « p’tit canard »,
de nos « p’tit loup », de nos « p’tit lapin » :
la mort au zoo.

Pour rafler le gros lot
nous nous pacsons :
la vie n’est jamais qu’un loto,
choisir le bon numéro.
Alors, sur l’oreiller, on se clair-de-lune,
tes caresses une dernière fois,
et je me titanique,
je me trafalgare,
je te ligne Maginot,
je te ligne d’horizon…

— Pascal Reverchon

Après tant de jeux de mots, une rupture plus classique, avec une jeune fille qui s’indigne.

Rupture, mon cher… : un poème sur la fin de l’innocence amoureuse

Une jeune fille de dix-sept ans, un garçon qui joue au Prince Charmant, et une colère qui n’a rien d’une plainte.

Rupture, mon cher…

« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans »,
et c’est si drôle de jouer au Prince Charmant,

« Un peu, beaucoup, à la folie,
j’effeuille les marguerites
et les jeunes filles… » (C’est ça !)
« Mais attention, soyons toujours honnête et philosophe, avec les meilleures intentions du monde, plein de belles paroles… »
Va voir là-bas si j’y suis.

Tu me rends folle,
folle furieuse et folle amoureuse,
mais surtout folle furieuse.
Comment, comment peut-on avoir de si belles paroles,
un tel air de sincérité,
de douceur,
et ne pas tenir ses promesses ?
« Adulte… » (Bah, reste alors.)

J’avais tellement cru trouver quelqu’un
qui pouvait me comprendre,
m’accepter,
m’aimer,
me rendre joyeuse et me faire oublier
le mal,
les injustices,
la faim, la mort,
quelqu’un de trop parfait pour être vrai,
mais qui pourtant existait !

Merci de m’y avoir fait croire
pour finalement me démontrer
par A + B
que tous les mecs sont des salauds,
que le monde est pourri,
que l’amour ne tient pas la distance,
que même les plus beaux sont des lâches.

C’est sûr que tu m’as fait grandir…
Mais tu savais aussi que je ne voulais pas grandir…
« On est dédommagé de la perte de son innocence par celle de ses préjugés. »
Je préférais mes préjugés un peu niais
à cette odieuse réalité.
Va te faire foutre.

J’aimerais être assez forte
pour ne plus rêver de toi,
pour ne plus penser à toi,
pour ne plus m’endormir dans tes bras,
pour pouvoir être indifférente…

Bienvenue to the adulte land,
it sucks and you’ll hate it !

(Le mot de la fin, mon cher…)

— Kaya

Après la colère, le poème suivant revient à la nuit, mais cette fois une nuit hantée par une femme sans visage.

Le matin à la fenêtre : un poème sur les cauchemars d’un homme hanté

Un homme qui se tient à la fenêtre chaque matin et qui a passé la nuit dans les bras d’une femme sans visage.

Le matin à la fenêtre

Comme tous les matins, il restait collé contre la vitre de la fenêtre,
laissant se découper l’ombre large de son corps à contre-jour.
Il respirait lentement les lumières dorées et semblait renaître

des blessures laissées par la nuit cauchemardesque, sans retour.

Elle surgissait dans ses rêves, au plus loin qu’il se souvienne de rêver,
cette femme sans visage, toujours la même, geôlière de ses nuits.
À l’instant précis où il s’abandonnait dans les bras de Morphée,
elle l’y arrachait dans un excès de furie, au paroxysme de la jalousie.

Elle l’enlaçait de lianes de caresses s’échappant de ses dix doigts bagués
jusqu’à ce qu’il n’ait plus la force de fuir, de lutter contre le désarroi,
quand, de chacun des tiroirs de ses fantasmes secrets, elle jetait les clés.
Pris au piège de ses propres désirs, il ne pouvait qu’accepter d’être sa proie.

Alors elle marchait dans son ventre, en bas résille et talons aiguilles,
elle buvait l’âme de son corps et vidait son cœur d’avides baisers rouge sang,
elle éteignait la lueur de ses yeux, de regards transperçants comme des vrilles,
jusqu’à le noyer dans l’angoisse de ses draps froissés, épuisé, agonisant.

Il savait qu’au réveil elle serait encore là, tout près de lui peut-être,
à guetter les derniers soubresauts de son corps inerte, vide de vie.
Il savait qu’au moment où il irait se ressourcer à la vitre de sa fenêtre
elle serait encore là, silencieuse, invisible, dans l’ombre, jusqu’à la nuit.

8 octobre 2000

— Bleuet John

Après la nuit hantée, un poème qui parle d’absence, d’oiseaux noirs et de souvenirs.

Absence : un poème sur le vide laissé par la perte

Un poème de forme classique, aux images frappantes : une tête coupée comme une vieille fleur, des oiseaux noirs de Dieu.

Absence

J’ai coupé ma tête comme une vieille fleur,
la souffrance est restée au milieu du
naufrage ;

j’appelle avec mon corps une lourde douleur
pour apaiser l’horreur de mon ancien visage.

Lourde est la peine, la peine toujours plus noire,
au milieu des feuilles, des feuilles en saison,
quand le regard coupé a perdu la vision
de l’automne endeuillée par le ciel illusoire.

J’accueille, libéré de mon corps douloureux,
les oiseaux noirs de Dieu, écrivains sur leurs ailes
des envolées du temps au corps miraculeux.

Le corps du temps fleurit mon vieux corps amoureux
des yeux bleus du passé, quand l’émotion rappelle
les flots ensorcelés des sanglots délicieux.

— Jean-Charles Sebaoun

Après l’absence, un poème sur deux amants que la douleur a transformés en martyrs.

Les amants martyrs : un poème sombre sur l’amour devenu maladie

Un texte baroque, saturé d’images de maladie et de mort : l’amour comme épidémie, les amants comme martyrs.

Les amants martyrs

Des bégonias tuberculeux où leurs moignons hivernaux
fouissent la tourbe de leurs maigres corps bleuis
quand leurs canines de suie prennent en otages leurs peaux,

leurs bouches de vérole puisent au lait carié du sein chétif de la nuit.

Ils sont captifs de leur propre faim, fouaillant dans les narcisses de la mort,
sous le cri de leurs regards qui dénudent le topaze des aurores.
Ils ont tiré sur leur pâleur le rideau monochrome des mers,
croque-morts des globules de leurs caresses qui s’enterrent.

Lorsque s’étire leur sang de verre dans le bassin des cerises,
les larmes du miroir sur leurs reflets bruns de typhus
apposent le sceau gris de la tristesse au noir humus.
La peinture zébrée de leurs hanches, en lacérations intimes,
suspend l’horizon loin sur les dunes d’un océan nauséeux.

Les génuflexions de leurs jambes, enserrant comme des lianes la torpeur,
forment une sinusoïde d’aquarelle sur le duvet du couchant.
Leurs lèvres pourpres dessinent des rigoles cannibales ;
dans le boudoir de leur folie vont et s’épuisent leurs râles.

Ils font sauter le verrou de leur lucidité
et errent encore au milieu des crachats du ciel,
sous la pluie rachitique des îles de la démence,
imprégnant le sol bourbeux de leurs nécroses.

Leurs baisers ne sont plus que les boursouflures
de la carne suintante de leur cruauté
lorsqu’ils déchirent le voile de la beauté
et s’infligent les stigmates de l’obscurité.

Dans les cals et les ronces de leur ancien désir,
ils ne sont désormais plus que les amants martyrs.

— Thib Valéry

Après tant de noirceur, un poème très court sur une âme qu’on lit et qu’on froisse.

Maux d’âme : un poème très court sur une âme qu’on froisse

Quinze lignes pour dire que l’amour, c’est aussi savoir lire l’âme de l’autre sans la froisser.

Maux d’âme

C’est mon âme
que tu lis,
que tu découvres.

Ne la froisse pas,
elle et ses mots d’amour
sont susceptibles.

Au fond de moi,
je la sens crépiter
de peine en te voyant.

Car chaque jour,
tu la froisses,
tu la déchires.

Pourtant, elle se répare,
toujours plus faiblement,
en t’attendant.

— Léa

Avec ce poème s’achève cette page, et la suivante ouvre sur un ton ironique.

1 commentaire

  1. Saly

    Magnifique et très émouvant

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