Quand l’amour fait mal : 176 poèmes sur la douleur du cœur
Sommaire :
Crève… : un poème sur la haine que l’on porte à celui qu’on a trop aimé
Un texte d’une violence rare, écrit à chaud : la colère d’un amour trahi, sans aucun filtre.
Crève…
Je veux que tu crèves à mes pieds,
je veux te voir mourir,
je veux te voir pleurer,je veux que tu ouvres les yeux sur notre vie,
pour après les refermer…Je veux que tu crèves à mes pieds,
que ton sang se mélange à la pluie
pour que, plus loin, le soleil puisse sécher
l’herbe de ce pré
que, de ton sang impur, tu as souillé.Je veux que tu crèves à mes pieds…
Pour être condamné à ton meurtre,
tu es condamnée au mien…Je veux que tu crèves à mes pieds,
parce que tout te donner,
ce n’est pas assez,
j’aurais beau avoir dans mes mains, amie,
le monde entier,
tu ne seras pas là,
la force d’aimer ne suffira pas…
Mais un million suffira…Je veux que tu crèves à mes pieds,
le prix de mon sacrifice, ce n’est pas assez…Je veux que tu crèves à mes pieds,
— Quentin
et sentir mes larmes couler sur mon sourire
pour éteindre ma cigarette,
comme tu as éteint ma vie…
Après tant de rage, une voix plus douce s’adresse à une amie qui a été trompée.
À une amie… : un poème pour consoler celle qui a été trompée
Un poème d’amitié, écrit depuis Bruxelles, pour dire à une amie qu’elle a le droit d’oublier.
À une amie…
J’ai vu le ciel ouvert
accueillir en son
seinla chaleur de la terre.
Bruxelles s’endort enfin.Après tant de questions
qui étouffent ta pensée,
tu as le droit de raison
et le droit d’oublier.J’ai vu tes yeux rougir
de se demander pourquoi
et le froid t’envahir
à cette heure, cent fois.Après tant de confiance
illuminant ton cœur,
tu n’as pas eu de chance :
ce n’était qu’un menteur.J’ai vu tant d’égoïsme,
tant d’inhumanité,
juste du fétichisme :
il ne t’a pas aimée.Après ces jours maudits,
— Philippe Herrmann
oublie son existence,
laisse-le à sa vie
et tire ta révérence…
Du réconfort passe à l’image : celle d’un cœur qui devient cactus pour se protéger.
Cœur cactus : un poème sur l’amour qui se protège avec des épines
Un cœur qui pousse des épines pour ne plus être touché : l’image d’une défense qui finit par blesser aussi l’autre.
Cœur Cactus
Éclore, fleur acide,
seule sur ces terres
arides,pousser maligne
— Halcyon
et me protéger d’épines,
croître sous le soleil,
fournaise d’abeilles,
m’étendre sur un lit,
un tapis d’orties,
étendre mes pétales,
mes pulsions végétales,
m’enraciner vivant
dans les strates d’argent,
caresser la pénombre
de mes branches sombres,
me délecter de rêves
quand coule ma sève,
toucher ton cœur cactus,
effacer ton rictus,
pimenter nos baisers
de ronces acérées,
rêver que je te tue
de mon sang-ciguë,
t’empoisonner, fatale,
comme une fleur du mal,
mourir et puis faner,
pauvre fleur séchée.
Du cactus qui pique, on passe à l’ami qui a promis de rester et qui a disparu.
Désillusions : un poème sur la promesse d’amour qui ne tient pas
Des heures de confidences, des nuits de promesses, et au bout une autre personne dans les bras de celui qui avait tout juré.
Désillusions
Je t’ai ouvert mon cœur,
tu y as répondu avec bonheur.
Je t’ai dévoilé mon amour,tu me l’as promis pour toujours.
Tu étais mon ami,
je t’ai voulu mon mari.
Tu étais mon confident,
je t’ai voulu mon amant.Des heures et des heures
à laisser parler nos cœurs,
à dire tous ces mots
que nous recevions tel un cadeau.Des nuits entières à me promettre
que jamais tu n’allais disparaître,
qu’à jamais ton cœur était mien,
que ton âme était entre mes mains.De tout cela il ne reste que le souvenir
et chaque jour est un défi pour sourire.
Mon cœur saigne.
Mon âme a la haine.À une autre tu as donné ton amour,
— Elyofy
moi, j’essaie de revivre chaque jour.
Avec une autre tu rêves d’avenir,
moi, j’essaie de ne pas te maudire.
Après la désillusion, une façon de se protéger : devenir un lac tranquille.
Mer de tranquillité : un poème sur le désir de ne plus aimer pour ne plus souffrir
Être une mare, un lac tranquille, une feuille blanche : vouloir être vierge de tout « je t’aime » pour ne plus être blessé.
Mer de tranquillité
Je veux être une mare,
ou un lac tranquille,
ou feuille de papierblanche, lisse et vierge
de tout accroche-cœur,
de toute poussière d’amour,
de « Je t’aime », de « Toujours ».Pourquoi s’abandonner,
se livrer, se donner,
comme innocence d’enfant !
Ou comme feuilles au vent !
À n’importe qui, n’importe quand,
le cœur risque d’être blessé,
égratigné ou déchiré.
Souffrances de l’abandon,
mille affres ou trahison.Restez froide et hautaine,
cachez manque de tendresse.
Dur d’être capitaine
du navire de sa détresse.Joy – 11/07/01
— Jocelyne Sallou
Pour ne plus souffrir, on pense à celui qui nous console, au risque de trop vite oublier l’autre.
Mes pensées vont vers un autre à présent : un poème pour tourner la page
Trois mois d’amour, une trahison, et une décision : mériter enfin le bonheur.
Mes pensées vont vers un autre à présent
Je ne t’ai donné que trois mois de ma vie
et, en si peu de temps, j’ai été blessée et
meurtrie.Cette si courte durée où j’ai pourtant réussi
à aimer de tout mon cœur un être, mais c’est fini !Tu ne le sais pas encore
car je ne sais pas comment te le dire,
mais je n’ai vraiment pas tort,
et t’inquiète, je ne vais pas fuir !Mais pour l’instant, je pense à quelqu’un :
il est charmant, gentil : TRÈS bien !
Tout ce que toi, tu as perdu,
tout ce à quoi j’ai cru…Tu m’as trompée, m’a-t-on dit ?
Pourquoi ? Pourquoi ? Telle est la question.
Moi qui t’aurais donné ma vie,
je n’aurais jamais fait attention.Aujourd’hui, je pense mériter le bonheur
et enfin arrêter de me ronger de douleur.
C’est pour ça que j’essaierai de t’oublier avec le temps,
car mes pensées vont vers un autre à présent !11 août 2004
— Shannia
Quand on tourne la page, il reste pourtant une question : et si l’autre se fait passer pour un jouet ?
Dupe, le crois-tu ? Un poème sur le jeu des apparences en amour
Une femme plus âgée face à un jeune homme qui joue au séducteur : elle n’est pas dupe, et le dit.
Dupe, le crois-tu ?
Tu hantes mes rêves sages… sans façon,
tu bouscules mes pensées raisonnables,
tu m’infuses une émotion agréable,tu chamboules mon cœur et ma déraison,
tu joues en aveugle un jeu d’Ange heureux,
tu mets des fleurs à toutes tes paroles,
tu allumes d’artifices un très grand feu,
tu m’amuses, Arlequin, tu me cajoles,
moi, la duègne, de rondeurs et de kilos.
En secret, tu ris de tant de faiblesses,
toi, le doux jouvenceau aux idéaux
qui te permettent d’approcher la jeunesse,
trésor précieux dont j’ai la garde.
Pas dupe non plus, mais plus douloureusement, le poème suivant dit le doute d’une jeune fille qui aime.
Je n’en peux plus : un poème sur le doute d’être encore aimée
Une jeune femme qui doute de l’amour de l’autre, mais qui promet d’attendre le temps qu’il faudra.
Je n’en peux plus
Je doute de toi,
je n’en peux plus.
J’ai toujours envie de t’aimer, moi,mais je ne te comprends plus.
Pourtant, je n’ai jamais aimé comme ça,
mais j’ai l’impression que tu ne m’aimes plus,
que lentement tu t’éloignes de moi.Quand soudain tu me dis que tu as des problèmes
et que, pour t’en sortir, tu préfères rester un peu seul.
Mais j’aimerais rester à tes côtés et te prouver que je t’aime.
Il me faudrait tout simplement que tu le veuilles.Je n’avais jamais ressenti ça :
à chaque fois,
quand j’aimais un mec, c’était surtout physiquement.
Mais avec toi, c’est différent,
c’est beaucoup mieux et j’aime ce que je ressens.
J’attendrai le temps qu’il faudra,
en espérant qu’une fois encore tu m’aimeras,
et que tu comprendras
que je peux t’aimer,
même quand tu as des problèmes
et que tu es déprimé.
Car je te le répète : je t’aime.
Quand le doute s’installe, certains vont jusqu’à voir l’autre comme un jouet, comme dans le poème qui suit.
Le jouet : un poème sur ceux qui jouent avec les sentiments des autres
Un poème qui adopte le ton de la réclame pour mieux dénoncer ceux qui traitent l’amour comme un jouet.
Le jouet
Quelle merveille !
Quelle
invention !C’est sans pareil,
cette sensation !C’est bien pratique
pour un passe-temps,
économique,
sans engagement !On rit, on joue
comme il nous plaît,
on en est fou,
de ce jouet.On le balade
dans nos pensées,
on l’utilise
à notre gré.On l’abandonne
quand il nous lasse,
on le raisonne
quand il s’agace.C’est de bon cœur
que l’on se moque,
avec douceur
qu’on l’entrechoque.C’est de bonne foi
qu’on en profite,
plaisir fait loi !
Pas de limite !De l’égoïsme ?
Non ! Loin de là !
Ou du sadisme ?
Comment ! Où ça ?Ce n’est qu’un jeu
qui a pour cible
le jouet « je »,
trop accessible.« Mauvais joueur ! »
lui dira-t-on
si sa rancœur
lui fait dire « non ».Car le jouet
n’en est pas un :
il est blessé
et c’est humain…
À celui qui est traité comme un jouet, le poème suivant propose un testament pour tous ses amants.
Le Test Amant : un poème original sur un testament d’amour
Un cœur qui rédige ses dernières volontés, un notaire qui règle la succession, et des amants convoqués un à un.
Le Test Amant
J’ai écrit sur le livre de mes réflexions
les dernières volontés d’un cœur en démission,
laisser derrière soi une fleur en héritagequi s’effeuille doucement, page après page.
Le notaire de mon éréthisme règle la succession,
appliquant sans violence toutes mes dispositions.
L’un après l’autre, mes amants en comparution
allument autant de flammes que furent mes passions.Chacun apprend de l’autre les dures vérités,
l’existence impossible d’amours chevauchées,
ces uniques hymens aux multiples alliances,
vécues ardemment sous le soleil de l’insouciance.Assis devant l’adjudicateur de mes affections,
ils attendent, ébahis, leurs propres résurrections.
C’est d’outre-tombe qu’ils entendirent ma dernière locution :
« Il n’y a qu’une chose que je vous lègue, c’est votre admiration. »
Du testament à l’amour impossible, le poème suivant raconte une histoire à sens unique.
Ce n’est que la vie : un poème sur l’amour non réciproque
Une histoire racontée à la troisième personne : elle l’aime, lui ne la remarque pas, et c’est ainsi que va la vie.
Ce n’est que la vie
Elle avait franchi la barrière
du désir sans frontière,
emprunté le périlleux parcoursvers l’amour sans retour.
— Mélanie Boitelle
Elle ne songeait qu’à lui,
lui ne songeait qu’aux autres.
Lui, le seul, l’être aimé,
lui, l’unique vers qui se tourner,
vers lui tous les regards se sont dirigés,
mais jamais leurs yeux ne se sont croisés.
Lui, trop occupé
à toutes les dominer,
elle, désenchantée
de ne pouvoir le charmer.
Mais cette indifférence,
qui pour elle n’avait aucun sens,
ne fit qu’augmenter son désir,
sa soif de le conquérir.
Lui ne la remarquait jamais,
elle le désirait encore plus.
Cette dangereuse fascination
se saisit de sa raison.
Son seul et unique crime,
qui la plongea dans un fatal abîme,
fut de l’avoir convoité,
lui qui n’aurait su l’aimer…
Mais voici la vie,
et elle continua de l’aimer ainsi.
À l’amour sans retour succède un poème sur le manque, par un parent qui a perdu ses enfants.
Mes enfants : un poème sur le manque du dimanche soir
Une fin de dimanche, l’heure qu’on déteste, et un parent seul qui pense à ses enfants.
Mes Enfants
Dimanche, fin de soirée, je déteste cette heure,
petite mort, le manque de ma chair, la peur
de ne plus rien supporter, être à vif et manquer,manquer d’amour, de passion, et se démaquiller.
Pour les amis, garder le sourire, se cacher,
mais vite tout devient si gris, et s’étrangler,
ne plus supporter que soi-même, et encore !
Ne plus aimer personne, détester son corps.Malaise profond, plus rien n’a d’importance,
ne reconnaître plus rien, perdre toute chance,
penser à ses enfants, encore chauds dans son cœur,
ne plus se retenir, laisser couler ses pleurs.Ne pas s’habituer, surtout pas, et chaque fois
avoir mal encore, et avoir froid dans ses bras,
être seul au monde, et ses yeux qui rougissent,
ne plus penser à rien, ses pensées qui faiblissent.Rester dans sa torpeur, rester immobile,
rester dans sa douleur, attente inutile,
ne pouvoir que les aimer très fort,
toujours, et cela jusqu’à sa mort…
Du manque des enfants, on revient aux mots, aux silences, et à ce qui ne se dit pas dans un couple.
Croix des mots : un poème sur un couple qui laisse mourir l’acceptation
Un couple malade, qui évite le chemin de la guérison, et que le silence finit par faire mourir.
Croix des mots
Petit à petit revient l’amour disparate,
car nul ne bénit les sentiments maudits,
chacun de nous promeut la confiance flatte,
sans excuse, sans chance, sans oubli.Notre amour me semble coloré, mais transparent,
avec son côté sombre et sans changement,
pour le meilleur qui peut nous nuire,
on oublie l’importance de se convertir.Notre relation me paraît encore malade,
car on évite le chemin de la guérison,
on prend soin de la rigolade,
mais on laisse mourir l’acceptation.Crainte de ne jamais avoir la foi,
j’exprime la peur de notre ignorance
face à l’avenir que l’on conçoit,
qui se déforme de notre confiance.On se doit d’être sans réserve
si l’on veut l’amour d’honneur,
partager nos peines et nos bonheurs
pour que le silence ne nous crève pas.
Après ce silence, une longue litanie de « je sais », qui dit tout ce que l’on a compris, trop tard.
Je sais : un poème sur tout ce qu’on comprend trop tard
Une litanie de « je sais » qui dit à la fois la lucidité et l’impuissance.
Je sais
Je sais les heures basses où le rêve se hisse,
je sais tous les visages à la nuit consumés,
des femmes pratiquantes, et de mauve et de parme,
fleuries de lit en lit d’infidèles pensées.Je sais un peu d’aurores et je sais des poussières,
je sais vingt ans déjà… Je sais bien mille années
d’une étoile et d’un siècle, un tissé de lumières,
un champ haut comme un ciel vide d’éternité.Avec les mots touchants,
avec comme une offense,
avec comme un chagrin,
avec comme une idée,
des lèvres et puis des mains bavardes d’indolence,
avec un chant d’hier au cœur assassiné.Je sais comme tu sais, un jour, comme une alarme,
du rouge mis aux lèvres et des airs maquillés,
un crayon fleurissant d’artifice la larme
à son bleu, soulignant la place d’un passé.Je sais les yeux voyants de nos joyaux perdus,
je sais le temps d’un autre au bout de la patience,
je sais comme une trace, comme un vague refus
dans les mains de Cassandre indexées à alliance.Je sais un cœur si haut sans gestes de secours,
des langues assoiffées et des comptes à rebours,
une autre destinée d’invisibles tendresses
avec tous tes baisers venus les ramasser.Je sais une tiédeur et le temps qui se venge,
je sais une paresse contre servilités,
des matins en retard et des soirs où se range
au fond de nos placards toute une éternité.Je sais des lits tranquilles… Un fantôme qui passe,
je sais de ses humeurs les phrases éternuées,
à peine des silences et puis des mots de passe.
Je sais bien mille choses… les heures à pas comptés.
À la lucidité du « je sais » répond la folie douce d’un joueur de maux, qui tente de rebâtir un univers de sable.
Joueur de maux : un poème sur la douleur qu’on apprivoise par les mots
Un jeu de mots dans le titre, un jeu de sons dans chaque vers : la douleur devient rythme.
Joueur de maux
Alors, au rebâtir d’un univers de sable,
reconnaissable enfin au chagrin de
l’aurore,encore ce matin aux relents détestables,
capable de séduire une douleur du corps.J’enrobe les désirs de bouture assassine,
dessine sans esprit le souvenir de l’aube,
dérobe tous les fruits des poussières divines
enclines au plaisir que cette brume englobe.Banal sévisse ; sacrifice précieux,
délicieux prémisses d’un futur hormonal,
caudale prophétie pour nager vers les cieux,
envieux de la nuit pour apaiser mon mal.Vois la paix raffinée qu’assure ma folie,
dépolie au secret de te sentir parfois.
L’effroi laid ne m’effraie, et mon âme infinie
définit le parfait d’un souvenir de toi.Couper le nœud coulant du lien ombilical,
bancal pour un instant, redevenir l’été,
évoluer pour l’amour, souscrire en capitale
l’ancestral d’un toujours au baiser volupté.
Après ce jeu de mots, un récit plus simple : celui d’une jeune femme abandonnée.
Abandonnée : un poème sur la douleur de voir l’être aimé avec une autre
Une jeune femme aux yeux rouges qui voit celui qu’elle aime main dans la main avec la personne qui lui a pris son bonheur.
Abandonnée
Des yeux rouges par ses pleurs,
elle réfléchit trop à sa douleur.
Trop d’amour fait mal à son cœur.Arrête là ! Elle a le droit au bonheur.
Elle voudrait crier au monde entier
que, si ses larmes sont versées,
que, si son ventre est noué,
c’est parce qu’elle se sent abandonnée !Elle se morfond comme une enfant,
mais ça ne changera rien, malheureusement.
Elle devrait se réjouir à présent
pour le bonheur qui les unit maintenant.C’est insupportable de les voir main dans la main.
L’écouter raconter sa vie la conforte dans ce chagrin.
Il lui a volé la seule personne qui l’aimait enfin.
Alors elle n’a pas envie de comprendre pourquoi, ce matin ?Tu es heureuse, mais je souffre…
Sans doute car je te sens près du gouffre.
Regagne ton chemin
et suis ton destin…
Cet abandon se prolonge en une attente qui dévore chaque seconde, celle du poème suivant.
L’attente : un poème sur ce temps qui use l’amour
L’attente prend ici la forme d’une créature qui espionne, ronge et se nourrit de chaque seconde.
L’attente
Elle est là, elle m’espionne,
me fait rugir comme une
lionne,menotte tous mes espoirs,
attise mes cauchemars.Elle asphyxie mes certitudes,
elle ébranle mes ambitions,
elle assaisonne mes turpitudes
au sucré-salé de mes effusions.Elle se nourrit de chaque seconde
pour rendre mes humeurs infécondes,
elle asservit mes obsessions
aux plus veules conjurations.Elle ronge mes ardeurs recalées,
transpire de sa fervente anxiété,
me regarde d’un air amusé
ramper loin d’elle, lui réchapper.Si Chronos t’a donné la vie,
— Alexein
demain il te la reprendra.
Mon amour inassouvi
reviendra vers moi ou bien s’en ira…
Pendant l’attente, certains se retrouvent à trois, comme dans le poème suivant.
Je t’aime, tu le sais, il pense à moi : un poème sur le triangle amoureux
Un triangle amoureux raconté avec sincérité : elle aime l’un, l’autre l’aime, et le troisième ment.
Je t’aime, tu le sais, il pense à moi
Nous nous retrouvons à trois maintenant !
Moi, je t’aime, lui m’invite et toi, tu me mens…
Que faire ? Dois-je lui céder et t’oublier ?Ou dois-je souffrir, me taire et espérer ?
C’est à cela que je passe mes journées :
attendre, attendre une déclaration incensée !
Mais croire à ceci de ta part est intolérable
et je devrais dire oui à un être adorable !C’est toi que j’aime, pas lui !
Mais c’est lui qui est attentionné
et toi, si peu présent dans ma vie
que j’ai envie de t’abandonner !Cela, je pense, ne te ferait même pas souffrir :
tu serais même contente de me voir partir !
Et moi, je serais heureuse que l’on s’occupe de moi,
que l’on me bichonne un peu, je mérite bien ça !11 août 2004
— Shannia
Un autre triangle, plus âcre, vient avec la fumée des amourettes qui incommode le poète.
La fumée des amourettes : un poème sur la jalousie de voir deux amoureux
Une comparaison originale : les amourettes des autres sont comme la fumée de cigarette, elles incommodent.
La fumée des amourettes
Sans doute autant que la fumée des cigarettes,
il y a un poison qui m’incommode fortement,
bien plus encore que des mégots agonisants :il y a le parfum du tabac des amourettes.
J’aurais beau y rêver le long de quatre recueils,
les regarder s’aimer me fera toujours tourner de l’œil
sous l’action des foudres de la jalousie :
il se retourne pour se noyer dans la poésie.Cette fumée me dérange et me ronge,
— Lionel Daigremont
elle provoque en ma tête une nausée de songes.
À les voir se serrer, se donner du réconfort,
ça ne me tue pas, mais qu’est-ce que ça le rend fort.
À la jalousie du spectateur succède la voix de l’amour lui-même, qui se dit à la fois douce et cruelle.
L’amour selon Élizabelle : un poème sur la douceur et la cruauté d’aimer
Impossible d’imaginer l’amour sans douleur, dit ce poème, ni la vie sans cette chaleur.
L’amour selon Élizabelle
Douce et cruelle, cette agonie éternelle,
celle qui nous prend le cœur et le flagelle,
tant de sentiments au fond de cet organe vitalqui est pourtant la source de tout mon mal.
— Élizabelle
Rouge, donne-t-on à la couleur de l’amour,
associé au bien-être et au bonheur,
mais qui trop souvent nous prend dans le détour
et fait saigner de rouge la peine de mon cœur.
Je ne puis imaginer un instant un amour sans douleur,
comme je ne peux imaginer ma vie sans cette chaleur.
Condamnés sommes-nous à souffrir d’avoir aimé,
à jamais endoloris par les cicatrices non refermées
d’un amour brûlant, mais qui nous a brûlés
et qui brûlera encore quand nous serons consumés.
Avec ce poème s’ouvre la page suivante, consacrée aux métaphores de l’amour : la vague, l’incendie, la catastrophe.
Magnifique et très émouvant